patchworkman's blog

Ce blog concerne tous les fans de fantastique sous toutes ses formes et dans tous les arts: cinéma, télé, littérature, BD, comics, etc... Vous y trouverez mon actualité de fantasticophile au jour le jour, ce que j'ai vu, lu, aimé, détesté, etc...

10 mai 2009

THE EYE

Vu à la télé

THE EYE

de Xavier Palud & David Moreau (2008)

aff

Plutôt que de vociférer une Nième fois contre la frigidité et l'opportunisme des producteurs et distributeurs français qui ne s'avèrent pas foutus de conserver un réalisateur de genre dans le patrimoine national, je vais envisager le problème du côté américain, point de chute de ladite fuite des cerveaux, car il faut bien se rendre à l'évidence: une fois parvenus de l'autre côté de l'Atlantique, les cerveaux en question se mettent à avoir des fuites! Ce n'est pas Kassovitz avec son pitoyable "Gothika" (2003 - voir "Mollards de Septembre 2008), et qui vient de se ramasser quelque chose de bien avec "Babylon A.D." (tiré du roman du nauséabond Maurice G. Dantec), qui vous dira le contraire... Non plus qu'Alexandre Aja, que l'on croyait pourtant intégré après le succès de "La Colline a des Yeux", mais qui vient de voir son "Mirrors" assez froidement accueilli par les fans de la première heure, erreur de parcours d'autant plus étonnante que la dream-team qu'il forme avec son co-scénariste Grégory Levasseur avait jusqu'ici réalisé un sans faute (mais il faut préciser que, sur cette dernière réalisation, les compères se sont vus embarrassés d'une paire de script-doctors du cru, ceci expliquant fort probablement cela). Bref, tout se passe un peu pour les cinéastes de genre français comme pour ces réfugiés quart-mondistes hagards que l'on voit échouer sur nos européens trottoirs: ils débarquent des étoiles pleins les yeux, les premiers rêvant de consécration artistique loin d'une patrie où ils ne sauraient être prophètes, et les seconds accrochés au fantasme d'un Occident terre d'asile où l'on ne peut que réussir, avant de se voir claquer la porte sur les doigts. Car si les executives d'Hollywood ont l'œil pour repérer sans faillir les "French wonderboys", ils sont tout aussi prompts à les précipiter dans les culs de basses-fosses de la production, à jouer les yes-men sur divers remakes et autres séquelles à but purement lucratif, ce qui pourrait donner à penser que s'ils cherchent avant tout un certain savoir-faire purement technique, ils n'ont en revanche rien à foutre de la créativité et de l'originalité de ces immigrés instrumentalisés sans vergogne. C'est ainsi que, pour "Gothika", Kassovitz s'est vu mettre le grappin dessus par Dark Castle, boîte spécialisée comme on l'a déjà vu dans le navet horrifique et le remake foireux pour boutonneux pop-cornophiles, et qu'Aja s'est vu confier la relecture d'un classique de Wes Craven, aussi réussie soit-elle. La liste ne s'arrête pas là: Éric Valette, réalisateur de l'excellent et très décalé "Maléfique" (2002), s'est vu relégué sur "One Missed Call" (2006), remake de "La Mort en Ligne" de Takeshi Miike (2004), lui-même démarquage à peine déguisé de l'archétypal et déjà remaké "Ring" (1997) de Hideo Nakata; Alexandre Bustillo et son compère Julien Maury, réalisateurs du brillant "À l'Intérieur" (2006 - voir "Séance interdite" de Juin-Juillet 2008), se sont successivement vu proposer la séquelle du "Halloween" de Rob Zombie (2007), puis le remake d'"Hellraiser" (Clive Barker - 1998), ce dernier échouant finalement entre les mains d'un autre Frenchy importé: Pascal Laugier, réalisateur remarqué de "Saint-Ange" (2003) et de "Martyrs" (2007); quant à Aja, on risque de le retrouver bientôt sur la tardive séquelle "Piranha 3D", dont la franchise fut initiée par Joe Dante en 1978, et poursuivie par James Cameron en 1981 - tous deux alors jeunes débutants chez Papet Corman.

Le tandem Palud / Moreau ne fait pas exception à la règle, dans la catégorie "remakes systématiques et tout pourris de cartons asiatiques", puisque le voici catapulté sur la version macdonaldisée du petit chef d'oeuvre des frères Pang "The Eye" (2002 - voir tout le bien que j'en pense dans la "Séance interdite de Juin-Juillet 2008). Las! le public auquel s'adresse ce genre de remâchage inutile étant ce qu'il est (c'est-à-dire obstrusément imperméable à toute forme de culture non américaine), l'affaire ne pouvait tourner qu'à la catastrophe, puisque de toute manière on préfèrera toujours consommer et faire consommer la merde d'ici (quitte à chier sur les produits!) plutôt que les délices d'Orient ou d'ailleurs. Aussi, ne vous attendez pas à retrouver dans ce produit reformaté le rythme impitoyable et les prouesses techniques de "Ils" (2005), le premier long hexagonal de Palud et Moreau (voir "Mollards" d'Août 2007). Car les deux compères paraissent ici totalement démotivés, filmant leur remake comme s'ils avaient décidé de saboter systématiquement les séquences ciselées par les frères Pang dans l'original en essayant de les reproduire maladroitement, un peu comme le ferait un peintre du dimanche d'une toile de maître... Il en résulte une mise en scène pesante et laborieuse, qui essaie vainement de donner le change en s'enveloppant d'une photographie chichiteuse aux effets souvent gratuits. Pire, l'impression nous envahit peu à peu que les faussaires n'ont strictement rien compris à l'essence même de ce qu'ils essaient de reproduire: on imagine deux cancres, le bout de la langue dehors, en train de pomper sur leur génial voisin de table pour ne pas foirer leur compo, qui n'entravent pas un traître mot à ce qu'ils retranscrivent, et qui livrent au final un exposé consternant de bêtise.

Mais, à la décharge de Palud et Moreau, il faut bien reconnaître qu'ils ont hérité d'un script d'une stupidité abyssale, à tel point que l'on se perd en conjectures quand à savoir si le scénariste s'adresse exclusivement à des cons, ou pense qu'il est censé s'adresser à des cons, à moins qu'il ne le soit lui-même, ce dont on ne doutera plus dès que l'on se sera avisé que l'on parle de Sebastian Gutierrez. Si vous ne connaissez pas l'individu, sachez d'abord que vous ne perdez rien, et qu'ensuite il s'agit du scribouillard incontinent qui ne nous a pondu rien moins que les scripts de "Des Serpents dans l'Avion" de David R. Ellis (2005 - voir "Mollards" d'Avril 2008), navet à l'humour beauf que l'on doit retrouver en bonne place dans le top ten graveleux de Jean-Marie Bigard, et du "Gothika" de Kassovitz - tiens donc, comme on se retrouve! Et encore, je ne vous parle que de ceux que j'ai vus - ce qui est déjà plus que n'en peut supporter un honnête homme! Bref, si l'on peut laisser à nos deux Frenchies la responsabilité de leurs choix visuels discutables, en revanche c'est à Gutierrez et à lui seul qu'incombe celle du (re)traitement du script brillant des frères Pang, lequel ne s'avère rien d'autre qu'une sorte de "digest" simpliste issu d'une lecture schématique et visant principalement à éviter au spectateur tout effort de réflexion. Là où les Pang nous laissaient toute latitude d'analyse d'une série B somptueuse fonctionnant d'autant mieux en surface qu'elle se reposait sur un substrat qui, s'il n'était jamais lourdement et didactiquement asséné, n'en reflétait pas moins tout un jeu de références thématiques aussi subtiles qu'universelles, le script de Gutierrez ne cesse de proclamer, avec toute la grâce d'un hippopotame en tutu, qu'il y a plein de choses à comprendre, le pire advenant lorsqu'il se met en demeure de nous les expliquer - car il semblerait que nous soyons trop cons pour différencier notre cul du fauteuil de cinéma sur lequel il est posé! À tel point d'ailleurs qu'on a parfois la sensation que les protagonistes nous lisent le scénario pour que l'on comprenne bien ce qu'il se passe, comme si Gutierrez doutait du pouvoir évocateur des images - et, sur ce coup, on ne peut pas tout à fait lui en vouloir! On mesure l'ampleur du désastre à la vue de Jessica Alba, aussi expressive qu'un matin de gueule de bois avant le café (elle a d'ailleurs récolté un razzie pour l'occasion!), se dévisager interminablement dans un miroir qui, comme disait Cocteau, aurait gagné à réfléchir! Et tout le reste est à l'avenant, le moindre effet se voyant caricaturer à l'emporte-pièce, tel l'inquiétant et diaphane homme en noir de l'original qui prend ici la tronche d'une sorte d'alien caoutchouteux ouvrant une gueule pleine de crocs à chaque apparition pour mieux nous signifier ô combien la mort est une chose terrrrrible! Ceci dit, Gutierrez nous avait annoncé la couleur dès la séquence introductive, en réussissant ce remarquable exploit de spoiler le film dès le départ! Ainsi, le suicide de la "sorcière" intervient dès les premières images, du seul fait qu'il fallait absolument une séquence-choc pour appâter les bœufs, mais ce cliché narratif a pour principal effet de déflorer prématurément le pivot de l'histoire, et de priver le film de tout son mystère. Là où l'original glissait insensiblement et selon une savante gradation des angoisses d'une héroïne dont tous les repères étaient perturbés, à la quête d'une scène originelle traumatisante amenée à point nommé pour faire rebondir l'intrigue et basculer le film, on est ici réduit à regarder sans réelle émotion se dérouler un script dont on a déjà compris tous les tenants et les aboutissants. Avec un scénar qui échoue lamentablement à nous intriguer, une actrice incapable de nous faire ressentir la moindre empathie pour son personnage et une réalisation inapte à instaurer le moindre climat, les effets chocs censés nous réveiller un peu tombent comme autant de cheveux sur la soupe dans cette affaire où l'on reste irrémédiablement passif et où l'on ne tarde pas à se faire prodigieusement chier. Il n'est que de comparer la scène de l'ascenseur, foirée par des réalisateurs et un montage qui montrent tout au mauvais moment, à la séquence d'anthologie à laquelle étaient parvenus les frères Pang... Dans mon enthousiasme, j'avais évoqué la taille des diamants pour décrire la réalisation des frangins: ici, pour poursuivre la métaphore, on travaille à coups de barre à mine!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.commeaucinema.com/bandes-annonces=91994.html

four

Jessica Alba se paye un four!

miroir

Aucun risque de découvrir une ride d'expression!

spectre

"Bouh!"

violon

De quoi verser des "sanglots longs"!

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29 avril 2009

SEANCE INTERDITE (Janvier 2009)

Vu à la télé

SÉANCE INTERDITE (Janvier 2009)

Yannick Dahan, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. D'abord, il nous fait bien marrer avec ses présentations sanguinolentes de Crypt Keeper hystérique, émaillées de vannes à deux balles et chroniquées de manière tout à fait décomplexée. Mais surtout, il est devenu incontournable car il remplit quelque part le rôle jadis dévolu à nos regrettés cinémas de quartier, en cette triste époque où la mafia distributrice a pris le contrôle des programmations de nos salles, et où un exploitant n'a même plus son mot à dire sur ce qu'il va ou ne va pas diffuser. Car sans Yannick et ses "Séances interdites", le pauvre provincial éloigné de tout que je suis aurait bien du mal à découvrir - sauf à se ruiner en DVD scandaleusement coûteux - quelques-unes de ces séries B qui font l'actualité du genre que nous affectionnons, et dont les fossoyeurs de la culture, parangons du bon goût franchouillard, nous privent régulièrement. Ah il est loin, le temps où le moindre nanar chroniqué dans "Creepy" ou "Vampirella" était visible jusque dans les campagnes les plus reculées... Aujourd'hui, lire "Mad Movies" revient à se faire mal en dressant le catalogue de tous ces films qui nous font saliver pire que la créature d'"Alien", mais qu'on n'a aucune chance de voir un jour. Heureusement, Yannick est là pour entretenir la flamme, et nous montrer que la série B horrifique qui décape n'est pas prête à se laisser dissoudre dans le blockbuster insipide.

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HOSTEL, CHAPITRE II (Hostel: Part 2)

d'Eli Roth (2007)      

On avait bien aimé "Hostel" premier du nom pour ses audaces et son jusqu'au-boutisme dans l'abjection provocatrice (voir "Séance interdite" de Décembre 2007), mais là, franchement, ça commence à tirer à la ligne et à sentir l'opportunisme. Quitte à nous fourguer absolument une séquelle, Eli Roth aurait au moins pu faire l'effort de nous pondre un script qui ne soit pas un copier-coller de l'original en version féminine. Il en résulte que l'ambiance parano qui réussissait si bien dans le premier opus ne fait plus recette ici, le spectateur ayant éventé le procédé dès les premières images, et se doutant bien que tout le monde, mais alors absolument tout le monde - du concierge de l'hôtel aux minots qui mendient dans les rues, en passant par les beaux étalons qui comptent fleurette aux trois oies blanches à la fête du village, et ainsi de suite jusqu'au moindre figurant - fait partie de la conspiration qui va amener les plus que potentielles victimes là où l'on sait. Tout aussi gênant, on nous annonce pareillement au mégaphone qui va survivre et qui va y passer: d'après vous, entre l'imprudente écervelée, la folle de sexe et la meuf-mature-qui-garde-la-tête-sur-les-épaules, qui tirera son épingle du jeu et, accessoirement, celles plantées dans son cul? On le voit, on ne cherche même plus à contourner les stéréotypes, ni à travailler un tant soit peu la psychologie des personnages, l'objectif à peine dissimulé étant de doubler la mise à peu de frais avec des procédés dignes de l'industrie agro-alimentaire. Par le fait, le gogo est arnaqué comme il était prévu qu'il le soit, et le nouveau "Hostel" ne lave pas plus rouge que le nouvel Ariel ne lavait plus blanc: c'est tout simplement le même produit sous un emballage différent. Au chapitre des (rares) innovations, on trouve notamment une velléité d'embrasser le point de vue des bourreaux (deux yuppies américains, l'un, fanfaron et pervers, traînant l'autre, timide et réticent) mais bon, on est quand même loin de "Henry, Portrait Of A Serial Killer", et ce qui aurait pu être un angle d'attaque intéressant, en même temps qu'une opportunité de renouvellement thématique de la franchise, tourne rapidement au pétard mouillé, le traitement du sujet (trop périlleux?) se résumant à quelques banalités superficielles débitées par-dessus la jambe... Néanmoins, ce petit détour fait du côté des tortionnaires sera l'occasion d'un beau twist de fin de parcours, indéniablement l'un des rares moments forts du script. Pour le reste, Eli Roth est égal à lui-même: sa réalisation est toujours à la hauteur, et l'esthétique trash et nauséeuse de l'ensemble est bien plus efficace par sa puissance de suggestion que tout ce qui aurait pu être montré par ailleurs en termes de violence graphique. À cet égard, le réalisateur met la pédale douce sur le gore et sait couper au bon moment, contournant la complaisance craignos non sans un certain sadisme. En effet, il sait ménager une tension assez insoutenable et nous amener sans la transgresser jusqu'à la limite d'un "voyeurisme viandard": la séquence où le bourreau, du fait d'un fil trop court, débranche malencontreusement la prise de sa scie circulaire alors que celle-ci est à un centimètre du visage de sa victime, est assez exemplaire de la façon dont Roth joue avec nos nerfs... À la manière du Tobe Hooper de "Massacre à la Tronçonneuse", il sait flirter efficacement avec les limites et forcer le spectateur à détourner le regard, afin que le fantasme de ce qui aurait pu être montré se substitue à ce qui a été effectivement vu... Ainsi, je suis prêt à parier que nombre de spectateurs, parmi les moins aguerris aux extrémismes du genre, sortiront de la salle avec la conviction d'avoir vu quelque chose qui n'a jamais été montré, ce qui nous confortera dans cette idée que le cinéma d'horreur n'est jamais autre chose qu'un jeu rigolard pour sales gosses turbulents. Roth dédramatise d'ailleurs la situation en adressant certains clins d'œil aux fans purs et durs, le moindre n'étant pas le caméo montrant Ruggero Deodato (auteur du cultissime "Cannibal Holocaust") se taillant un steak dans la jambe d'un malheureux avant de s'attabler confortablement pour le déguster! (1) Mais, si l'on a la conviction que tout ce Grand-Guignol outrancier n'est finalement pas très sérieux, en revanche on aimerait pouvoir en dire autant de la question sexuelle, le film semblant s'adresser également à un public plus féru d'imagerie SM que de cinéma horrifique. Par le fait, la séquence où la première de nos trois victimes se retrouve nue, ligotée et pendue la tête en bas, qui plus est dans un décorum des plus sordides, n'a rien à envier à certains sites de bondage hardcore tels qu'on peut en trouver un peu partout sur le web. Quant à savoir si ce qui nous est montré relève de la dénonciation ou du racolage pur et simple, il faut bien avouer que les choses ne sont pas clairement tranchées et que le spectateur est renvoyé à lui-même: se sent-il horrifié par ce qu'il voit, ou bien au contraire excité sexuellement? Là est toute la question, et je ne serais pas étonné que cette ambiguïté dans le propos ne soit pour Eli Roth qu'une manière perverse d'accentuer le malaise, en abolissant soudainement toute distance entre le film et le spectateur. Par ailleurs, et toujours au rayon des ambiguïtés, la fameuse théorie de la conspiration qui implique la quasi totalité du casting, chacun jouant son rôle pour amener les victimes jusque dans les griffes des bourreaux, finit par avoir pour effet malencontreux de donner à penser que le peuple slovène constitue une sorte de quart-monde dégénéré, sadique, et prêt à sacrifier toute humanité sur l'autel de sa vénalité. Soit: le principe de la famille de "Massacre à la Tronçonneuse" généralisé à une population tout entière... Et là, nous sommes sur un terrain beaucoup plus glissant que celui du Grand-Guignol...

Note:

(1): Au rayon des caméos facétieux - derrière lesquels on devinera la patte du producteur cinéphage Quentin Tarentino, féru comme on sait de bis italien - il convient également de signaler, dans le rôle d'un détective, la présence de Luc Merenda, interprète très populaire de moult polars transalpins de série B, ainsi que celle de la très coquine Edwige Fenech, vedette de nombreuses comédies gentiment érotiques (citons les séries de "La Toubib" et de "La Prof") fort prisées en leur temps des militaires en goguette.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18728733&cfilm=114997.html

Voir également la chronique de l'ami Eelsoliver:

http://cinemadolivier.canalblog.com/tag/Hostel%202

28_semaines_aff28 SEMAINES PLUS TARD

(28 Weeks Later)

de Juan Carlos Fresnadillo (2007)

"28 Semaines plus tard" ne va pas chercher midi à quatorze heures et s'inscrit d'emblée, comme son prédécesseur "28 Jours plus tard" (Danny Boyle - 2002), dans la catégorie des hommages sincères rendus à l'œuvre de Romero. On a beau remplacer les zombies par des "infectés" (c'est comme ça qu'on dit, maintenant) et leur faire passer le turbo, on retrouve bien le fond de la désormais célèbre thématique romérienne, qui consiste à traiter le zomblard en tant que faire-valoir de notre trop humaine ignominie. Démarche que le script radicalise ici, en reléguant les fameux "infectés" à l'extrême périphérie des événements qui nous sont relatés, puisque la plus grande partie de l'action se déroule en "zone sécurisée". En effet, racontant la reconquête progressive de Londres après la pandémie du premier opus, "28 Semaines plus tard" nous montre la réinstallation des survivants dans un environnement pour le moins concentrationnaire, sous contrôle de l'armée qui a pris la direction des opérations - ce qui ne laisse pas d'être inquiétant, à en juger par les réfugiés stockés dans des trains, escortés dans leur moindre déplacement, parqués comme du bétail, mis en quarantaine avant que d'être rendus à un simulacre de vie civile et professionnelle, le tout sous l'œil affûté de snipers à la gâchette facile... C'est dire si le film politique prend le pas sur le film horrifique, dans la plus pure tradition romérienne, au travers de cette dialectique sécurité / liberté dont les deux moments semblent obéir à un principe de vases communicants. Ce qui pose la question très actuelle (notamment dans notre beau pays de Sarkozie) de savoir jusqu'à quel point le citoyen est prêt à sacrifier sa liberté pour éprouver un sentiment sécuritaire souvent illusoire, contradiction dont les politiques en général et les fachos en particulier savent parfaitement tirer parti. Dans ces conditions, ce n'est certainement pas un hasard si les "infectés" se retrouvent relégués en banlieue de la zone dite "civilisée", à l'instar de certaines populations censées faire trembler le bourgeois et prétextes à toutes dérives sécuritaires: en effet, n'oublions pas que l'Angleterre est l'un des pays où l'on voit les caméras pousser comme des champignons au coin des rues, parfois doublées de haut-parleurs interpellant les inciviques, tout ça avec l'assentiment des braves citoyens propres sur eux. Mais les sociétés se composent également d'individus et, à cet égard, "28 Semaines plus tard" redouble la responsabilité collective au niveau du microcosme familial au travers de ce père indigne, interprété par le toujours magistral Robert Carlyle (remember "Vorace"?) qui, en tout début de film, abandonne sa propre épouse aux mâchoires zombiesques pour se carapater comme un foie jaune. Mais sa culpabilité le rattrapera au travers de ses enfants, qui, eux, n'hésiteront pas à faire acte de désobéissance civique pour partir à la recherche de leur mère. En tant que porteuse saine du virus, celle-ci laissera entrevoir une lueur d'espoir qui, ironiquement, va se retourner en menace pour sceller le destin de l'humanité, et toute l'histoire ne va pas tarder à virer au massacre généralisé, les militaires faisant autant de victimes que les "infectés"... Vous qui entrez, laissez toute espérance car vous avez affaire à un film crépusculaire dans lequel toute porte entr'ouverte vous est immédiatement claquée sur les doigts par des scénaristes sadiques, dans une tragédie oedipienne où tout ce qui est fait pour contrarier la destinée humaine ne fait paradoxalement que la précipiter - comme si le germe du Mal était à chercher dans la constitution même de l'homme, et non chez les coupables désignés, dans une malencontreuse confusion de l'effet et de la cause... Au bout du compte, le sacrifice des héros - réellement admirables d'abnégation - ne servira non seulement à rien, mais aura pour effet de faire empirer les choses, et de les étendre à un niveau planétaire... C'est donc une Terre presque entièrement zombifiée que l'on retrouvera dans le prochain opus, fort pertinemment intitulé "28 Months later", et dont le tournage a débuté en Octobre 2008 sous la houlette de Paul Andrew Williams (réalisateur en 2007 du très remarqué "Bienvenue au Cottage "). On le voit, Danny Boyle, qui officie en tant que producteur exécutif sur la trilogie, a pensé celle-ci dans un certain parallélisme au triptyque fondamental de Romero: en effet, après un premier acte qui posait les bases de l'invasion à la manière de "La Nuit des Morts-Vivants", la réplique militaire basée sur la violence aveugle à laquelle on assiste dans "28 Semaines plus tard" fait écho aux affrontements entre miliciens et morts-vivants de "Zombie" et aboutit au même constat pessimiste, à savoir que ceux qui sont censés nous défendre finissent par s'avérer encore plus dangereux que la menace qu'ils combattent. Nous verrons bien si ce parallélisme se confirme dans le troisième opus, mais en attendant l'on ne peut que se réjouir de l'angle d'attaque qu'ont adopté Boyle et ses collaborateurs pour cet hommage, en préférant nous proposer une relecture personnelle, intelligente et moderne, plutôt que de sacrifier à un énième remake foireux de l'œuvre originale (en ce moment, le bruit court d'une troisième version de "La Nuit des Morts-Vivants" - gros soupir!). Par le fait, "28 Semaines plus tard" confirme, en tant que co-production, la qualité et la vitalité des cinémas fantastiques espagnol et britannique qui continuent à en remontrer à une production hollywoodienne qui s'encroûte dans la redite, le politiquement correct et le stéréotype à but lucratif. En fait, on en a marre d'être pris pour des cons, et on espère beaucoup d'autres films tout aussi rentre-dedans, tant du point de vue de la forme que de celui du fond.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18742097&cfilm=118343.html

Voir également la chronique de l'ami Eelsoliver:

http://cinemadolivier.canalblog.com/tag/28%20semaines%20plus%20tard

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DEAD SILENCE

de James Wan (2006)

Après avoir ébouriffé les fans et initié le sous-genre du "torture-flick" craspec avec "Saw" (2004 - voir "Séance interdite" de Décembre 2006), le petit génie du B-movie James Wan laisse la franchise patauger dans les déjections bovines du sieur Bouseman et engendrer les inévitables copies-carbone multipliées par moult suiveurs plus ou moins zédeux, pour opérer un total changement de cap sur ce deuxième long métrage. Visiblement peu enclin à se laisser enfermer, cataloguer ou étiqueter, l'homme se positionne au-dessus de la mêlée et revient avec "Dead Silence" aux sources du B-movie pour réaliser un film fantastique pur et dur, "à l'ancienne", délaissant toute surenchère sanguinolente et posant des plans inhabituellement élaborés (et d'autant plus efficaces) à l'heure où la plupart de ses confrères sacrifient à la mode surfaite de la shaky-cam hystérico-subjective. Par le fait, et en tant que film préférant aux effets faciles une certaine approche "climatique", il est clair que "Dead Silence" interpellera davantage le fantasticophile confirmé que le novice ou le profane, puisque mettant en œuvre tout un jeu de références d'ordre aussi bien esthétique que thématique. Esthétiquement, il est absolument impossible de ne pas penser au grand Mario Bava, et à son héritier spirituel Dario Argento, principalement du fait d'une débauche d'éclairages monochromes dans les couleurs primaires: à cet égard, le travail du chef-op John R. Leonetti est réellement admirable, et l'importance accordée à la lumière est d'autant plus pertinente, dans ce qui se veut d'évidence un hommage à Bava, que ce dernier s'avéra en tout premier lieu un chef opérateur de génie tout au long de son œuvre. Rien, en effet, n'est aussi efficace qu'un éclairage décalé, c'est-à-dire aussi éloigné que possible de la lumière naturelle, dès lors qu'il s'agit d'induire un sentiment d'inquiétante étrangeté, procédé dont Bava et Argento abusèrent au point d'en faire quasiment une figure de style désormais classique dans le genre. Par ailleurs, l'esthète fantasticophile se régalera également d'une touche gothique directement importée des productions de l'incontournable Hammer, Wan ne se privant pas de trimballer ses personnages de cimetière brumeux en manoir hanté, dans une ville fantôme magnifiquement décrépite - la traversée en barque qui amène le héros jusque dans l'antre de la spectrale Mary Shaw prenant quant à elle des allures de croisière sur l'Achéron... Bref, le gothisme anglais des sixties s'enrichit ici d'un baroque typique de l'interprétation qu'en donna le bis italien à la même époque, ce qui ne manquera pas de réjouir les nostalgiques de cet Âge d'Or. Thématiquement, "Dead Silence" se donne également comme le digne héritier d'une longue lignée de classiques, puisqu'il y est question - il est grand temps que je vous en informe! - d'une histoire de poupées maléfiques. Dès l'abord, l'inquiétant mannequin dont hérite le héros et que l'on voit fabriquer sous nos yeux, alors que défile le générique, dans un simulacre prométhéen de l'acte de création divine, évoque au moins deux prédécesseurs prestigieux: le sketch "Le Mannequin du Ventriloque" d'Alberto Cavalcanti, tiré du chef-d'œuvre "Au Cœur de la Nuit" (1945), et son plus ou moins remake "Magic" (1978) de Richard Attenborough. Toutefois, malgré ces références évidentes, "Dead Silence" n'exploite pas le thème habituel d'une projection schizophrénique de la face obscure du ventriloque dans un alter-ego mécanique devenu le lieu d'un retour du refoulé, et préfère bifurquer vers un traitement à ma connaissance assez peu exploité, le marionnettiste n'étant rien moins ici que le fantôme d'une tueuse d'enfants se réincarnant dans ses poupées. Bien que ménageant quelques effets-choc efficacement amenés, Wan prend l'option d'angoisser durablement le spectateur plutôt que de chercher à le terrifier ou à l'horrifier franchement: un sentiment de sourde inquiétude perdure d'un bout à l'autre du film sans jamais véritablement se résoudre, et les moments de bravoure sont traités moins comme des fins en soi que comme des moyens d'entretenir la tension. Par exemple, et si violence il y a (les victimes se voient arracher la langue!), on est plus souvent confrontés à ses effets qu'on ne la voit réellement se déchaîner, et l'effet purement graphique n'est mobilisé par Wan qu'en dernier recours. Exit également les séquences d'action pure car, si les poupées de "Dead Silence" s'avèrent terriblement inquiétantes, c'est précisément du fait de leur quasi immobilisme. Ne vous attendez pas à les voir se jeter sur les protagonistes tel l'agité Chucky ou les créatures de la franchise "Puppet Master" de Charles Band, car James Wan la joue autrement plus fine: ses poupées à lui ne bougent "qu'avec contiguïté", dès que les personnages ou la caméra détournent le regard. D'un moment à l'autre, on les retrouve avec une expression différente, leur sourire évoluant peu à peu vers le rictus, ou s'étant insensiblement rapprochées comme dans une partie de "un-deux-trois-soleil". La relégation du mouvement hors-champ engendre dès lors un délicieux frisson, au travers de cet espace ménagé pour le doute qui actualise comme une fêlure dans les personnages - et dans le spectateur qui s'identifie à eux. Doute savamment entretenu par Mario Bava, soit dit en passant, dans la quasi totalité d'une œuvre dont les héros ne parviennent jamais à trancher dans une alternative qui renvoie inlassablement l'irruption effective de l'élément fantastique face à l'éventualité de leur propre folie... Par ailleurs, cette contiguïté inquiétante dans le mouvement, si bien exploitée par Wan, est redoublée dans la gestuelle saccadée inhérente à l'automate en tant que simulacre du vivant, comme si un miroir nous renvoyait le sentiment du grotesque de nos existences, suggérant par là une sorte de programmation du moindre de nos mouvements: moment suprême où l'original et le double se confondent, où le mécanique est "plaqué sur du vivant", pour paraphraser Bergson, et où le marionnettiste commence à se demander si c'est bien lui qui tire les ficelles... Car, comme son nom l'indique, la schizophrénie est bien le lieu d'une fêlure, laquelle s'actualise dans cette image maintes fois exploitée, mais toujours aussi traumatisante, de la poupée brisée. Autant de mécanismes, si j'ose dire, dont James Wan a une parfaite intelligence, et qu'il sait exploiter avec la précision d'un horloger, dans une mise en scène authentiquement visionnaire, d'une virtuosité assez remarquable, et qui propose toujours la bonne image au bon moment, créant chez le spectateur comme un écho qui vient titiller les angoisses les plus profondément archaïques. Ce somptueux délire visuel est d'ailleurs ce que nous retiendrons du film car, je suis au regret de vous le dire, le script de Leigh Wannell, déjà collaborateur de Wan sur "Saw", est loin d'être à la hauteur. En effet, s'il a le mérite de pointer avec pertinence tout se qui fait le charme vénéneux du "puppet-movie" et d'aligner quelques bonnes idées, celles-ci sont rarement exploitées jusqu'au bout et l'ensemble s'avère assez paresseux, manquant de ressort dramatique et sacrifiant trop souvent à la facilité de ficelles éprouvées. On déplorera notamment un twist-de-rigueur frisant le ridicule tellement il est tiré par les cheveux... Dommage, car le thème de l'enfance (qu'elle soit pervertie ou, comme c'est le cas ici, martyre) indéfectiblement lié à la figure de la poupée, était pourtant habilement amené, au travers d'une assez abominable comptine faisant ressurgir chez le héros toutes ses terreurs enfantines, et précipitant chez lui une régression en eaux troubles assez voisine, là encore, des obsessions de Bava et d'Argento - grands amateurs de comptines vénéneuses aux sinistres mélopées, de même d'ailleurs que de poupées inquiétantes. Toutefois, et en dépit des quelques réserves à l'endroit d'un scénar ma foi bien maladroit, servi par des acteurs assez peu charismatiques, ne vous privez surtout pas de visionner "Dead Silence", ne serait-ce que pour le plaisir des yeux, car James Wan s'y confirme un réalisateur extrêmement doué, en même temps qu'un cinéaste de genre comme on aimerait en voir plus souvent. J'ai d'ailleurs hâte de découvrir "Death Sentence" (2007), troisième opus du bonhomme qui, décidément imprévisible, donne cette fois dans le "vigilante-flick".

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18748434&cfilm=126460.html

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"Hostel 2": une esthétique crapoteuse de site porno

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En tous cas, on aura évité un film bavard!

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Les bourreaux morflent aussi!

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Eli Roth arborre les couleurs!

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"28 Semaines plus tard": le retour des infectes "infectés"!

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Préservez-nous de nos amis!

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L'esprit de l'escalier!

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La fuite du père indigne...

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Les inquiétantes poupées de "Dead Silence"

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"Du mécanique plaqué sur du vivant"...

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Le héros, perdu dans des brumes gothiques...

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Chaud: le grand show de Mary Shaw!

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30 mars 2009

WATCHMEN

Sortie en salles

WATCHMEN

de Zack Snyder (2009)

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"The Dark Knight" aura été l'événement 2008 en matière de superhero-movie, "Watchmen" sera incontestablement celui du millésime 2009, à moins qu'un outsider ne nous sorte quelque chose d'un chapeau, mais j'en doute... Enfin une adaptation digne de ce nom d'un comics d'Alan Moore, et Zack Snyder est loin d'avoir démérité, particulièrement lorsque l'on considère le matériau de base, œuvre anti-commerciale et sujet casse-gueule par excellence. Reste à savoir si le succès sera au rendez-vous car le film est sur la corde raide, louvoyant sur la frange très étroite qui sépare un public mainstream avide de spectaculaire, d'action et de stéréotypes, d'un cercle de puristes hardcore dont l'intégrisme est tout aussi redoutable, sachant que "Watchmen" est sans doute l'œuvre la plus culte de l'histoire du comics, pour ainsi dire son "Citizen Kane". De fait, il y a un avant et un après "Watchmen", et plus de vingt ans après sa publication (1985), le comics moderne continue de fonctionner selon les codes narratifs inédits introduits par Moore et systématisés derrière lui par toute l'école des scénaristes britanniques venus de l'institution "2000 AD". J'ai récemment écrit quelque part que Moore tranchait radicalement avec le style imposé par Marvel dans les sixties, constitué essentiellement de bastons sur les toits des buildings arrosés d'une bonne dose de soap. Au-delà de l'aspect purement parodique, Moore pratique une narration où la contemplation, la caractérisation des personnages et de leur milieu, et surtout la réflexivité mélancolique du regard que les (super) héros portent sur eux-mêmes constituent le pivot du récit, comme si le monde des comics marquait soudainement un temps mort pour s'auto-analyser. En effet, on ne compte plus les mises en abyme se développant dans l'œuvre de Moore, y compris dans "Watchmen" au travers de "Tales Of The Black Freighter", cet étrange "comics dans le comics", long hommage digressif rendu au dessinateur Joe Orlando et qui semble tout droit sorti de la plume hydrophobe de William Hope Hodgson - l'une des rares séquences que l'on ne retrouve pas dans la version cinéma.

Bref, c'est un truisme de le dire, il est évident que l'enjeu de "Watchmen" se situe au-dessus de la mêlée - au sens le plus littéral de l'expression - et que son propos transcende radicalement les quelques rares baffes que ses super-héros déchus échangent sporadiquement, comme pour justifier leur statut problématique. D'ailleurs, la présence d'un personnage comme le Docteur Manhattan, super-héros contemplatif et non interventionniste bien qu'omnipotent et omniscient au point de constituer à lui seul une arme de dissuasion, rend d'emblée caduque tout recours au bellicisme traditionnel des super-héros. C'est précisément ce que qui fait du film de Snyder une œuvre courageuse: d'avoir respecté quasi religieusement l'esprit du comics et réalisé un paradoxe cinématographique que l'on pourrait qualifier de "blockbuster contemplatif" ou encore - n'ayons pas peur des mots - une production cataloguée "entertainment" abordée avec l'intransigeance d'un véritable auteur. Une démarche que tous les yes-men précédemment commis à l'adaptation des comics de Moore s'étaient empressés de balayer sous le tapis, traficotant sans vergogne l'œuvre du Maître pour la réduire aux habituels stéréotypes hollywoodiens, et surtout prenant bien soin de contourner ce qui en constitue l'essence même. Mais c'est également ce qui fait de "Watchmen" le film de tous les dangers, en ce qu'il prend à contre-pied un public mainstream qu'il faut bien reconnaître plus adepte d'action bourrine et de spectacularisme creux tels que nous en propose Avi Narad au travers des productions estampillées Marvel... Ce public suivra-t-il Snyder sur les pas de Moore dans cette démarche quasi auteurisante et dans ce superhero-movie qui n'en est pas vraiment un? Saura-t-il comprendre et accepter l'amoralisme moorien dûment assumé - celui-là même que contournait soigneusement et traîtreusement l'eunuque "V pour Vendetta" de James McTeigue (2005) et, dans une moindre mesure, le "From Hell" des frères Hughes (2002) qui préféraient sacrifier le héros plutôt que de le faire céder à la corruption et vieillir dans la culpabilité? Encaissera-t-il la tonalité crépusculaire et désespérée de l'œuvre qui lui est proposée, ou, par exemple, le cynisme pragmatique d'un Ozymandias qui consiste, comme on éradique un membre gangrené, à sacrifier une partie de l'humanité pour éviter un carnage total, en lieu et place des bons sentiments puritains et des happy ends consensuels qu'on lui propose habituellement dans ce genre de productions? Supportera-t-il la violence exacerbée et d'autant plus percutante qu'elle se déchaîne aussi rarement que subitement (l'exécution d'un pédophile par Rorschach à coups de hachoir renvoie tous les "Hostel" et tous les "Saw" dans le bac à sable!), décrédibilisant par comparaison les affrontements timorés et propres sur eux de Spider-Man et autres Fantastiques? C'est là toute la question, dont dépend l'avenir du superhéro-movie: va-t-il, en quelque sorte, "sortir du placard" comme son référent le comic-book, et évoluer vers un état de modernité plus mature, ou va-t-on continuer à sempiternellement nous proposer des niaiseries à la Tim Story / Mark Steven Johnson? Car ne nous y trompons pas: avec "The Dark Knight" qui a brillamment essuyé les plâtres, et "Watchmen" qui radicalise la démarche entamée par celui-ci, le cinéma superhéroïque est à la veille d'opérer la révolution que le comics connut en 1985 grâce à la série de Moore et Gibbons, un peu comme le western fut ébranlé sur ses fondations dans les sixties par Sergio Leone, et ce par la même injection d'anti-héroïsme et de cynisme amoral venu de la vieille Europe, jetés à la face du puritanisme américain et du culte du héros comme une magnifique provocation subversive. Par le fait, le script de "Watchmen" est aussi atypique et tortueux que le fut en son temps celui d'"Il était une Fois dans l'Ouest". Mais ce n'est pas gagné: on a déjà vu la presse spécialisée dans le film de genre qualifier "The Dark Knight" de "film bavard", ce qui peut donner à penser que le bourrinage a encore de beaux jours devant lui...

Pour en venir au film lui-même, les fans de Moore en apprécieront, je pense, la fidélité exemplaire et la manière dont Snyder a collé à la continuité du comics de Moore et Gibbons, tout en dégraissant le script avec une rare pertinence pour se concentrer sur une intrigue centrale déjà suffisamment emberlificotée pour mobiliser toutes les synapses du spectateur, et qui à cet égard n'est pas sans évoquer - par son aspect à la fois urbain et labyrinthique, mais aussi au travers d'un Rorschach qui adopte la panoplie du détective privé "hard boiled" - les errances narratives et crépusculaires d'un Chandler. Ainsi, plusieurs visions du film me semblent nécessaires, du moins pour ceux qui n'ont pas lu le comics préalablement, afin de remettre en place une narration qui se donne sous forme d'un puzzle à la subtile complexité: un aspect qui culmine dans la sublime séquence "de la photographie", qui renvoie à la double ubiquité spatiale et temporelle du Docteur Manhattan. Nous sommes par ailleurs invités par Moore à une telle reconstitution au travers de la magnifique métaphore de l'horloger, métier exercé par le père du Docteur Manhattan, et qui tend à faire de celui-ci une sorte de déité voltairienne. Bref, pour en revenir à la lecture de Snyder, seul un inconditionnel profondément imprégné de l'œuvre originale était capable de lui élever un tel monument, qui témoigne à chaque instant d'une respect et d'une admiration sincère. L'esprit si particulier des scripts de Moore a été assimilé à cent pour cent et avec une grande intelligence du propos et, quant à la lettre, on n'assiste qu'à deux modifications notables. D'abord, la storyline déjà citée du "comics dans le comics", où l'action d'une BD lue par un personnage vient se placer en contrepoint des événements "réels", a été zappée en tant que purement digressive, et de ce fait d'un moindre intérêt dramatique par rapport à l'ensemble. Toutefois, que ceux que cette absence chagrine sachent que "Tales Of The Black Freighter" a fait parallèlement l'objet d'une adaptation signée Mike Smith, qui devrait sortir incessamment et dans laquelle on retrouvera Gerald "300" Butler. Sage coupure, à mon humble avis, sans laquelle cette séquence eût immanquablement plombé un film basé en grande partie sur des dialogues brillants ("trop bavard", diront d'aucuns...), dans lesquels on retrouve toutes les punchlines mémorables de Moore: "Ce n'est pas moi qui suis enfermé avec vous, c'est vous qui êtes enfermés avec moi!" (Rorschach), ou encore - pour le plaisir: "J'ai toujours considéré l'apparition de la vie comme un phénomène surestimé" (Docteur Manhattan). L'autre modification réside dans la fin, et s'avère purement formelle - je veux dire par là qu'elle n'altère pas substantiellement le propos de Moore. Je ne vous en dirais évidemment rien, mais sachez toutefois que d'une manière assez similaire à la conclusion de "The Dark Knight" (et à celle de "L'Homme qui tua Liberty Valance", de John Ford), les héros survivants endossent la "felix culpa" d'un mensonge officiel sur lequel repose le salut de l'humanité, ce qui leur confère une dimension christique, tandis que Rorschach, qui reste droit dans ses bottes, reprend à son compte l'attitude de Moore face à l'industrie du comics et du cinéma: "Pas de compromission, même devant l'Apocalypse!" Si ça, ce n'est pas un message...

Du point de vue de la forme, on ne pourra que louer la pertinence des choix de Snyder, qui a parfaitement su ajuster l'œuvre au médium cinéma sans la trahir, et ce façon fort habile: on est loin du mot-à-mot, ou plutôt du case-à-case séduisant mais maladroit du "Sin City" de Rodriguez / Miller (cf chronique éponyme) et du moyen terme entre comics et cinéma adopté pour "300" (également chroniqué en ces pages), dans lequel Snyder reprenait à son compte les techniques étonnantes de "Sin City", tout en évitant les excès de zèle qui amenèrent Rodriguez à réaliser un film quelque peu statique. Dans "Watchmen", l'esthétique est à la fois très originale et parfaitement maîtrisée: on n'a jamais l'impression d'assister à un comics animé de manière hyperréaliste, comme dans "300", et "Watchmen" se donne d'emblée comme un film live "qui s'assume". Mais pour autant, on retrouve parfaitement l'ambiance graphique du grand Dave Gibbons, ne serait-ce que par l'utilisation des couleurs franches qui sont pour ainsi dire sa signature. C'est là qu'entrent en jeu, je suppose, quoique de manière plus discrète, les fameux filtres qui ont fait la renommée de "Sin City" et "300". Par ailleurs, la mise en scène est extrêmement dynamique, ce qui ne l'empêche pas de coller à la mise en page magistrale du comics, balayant au fil des mouvements de caméra et à intervalles réguliers les cases les plus iconiques de Gibbons, recomposées avec un soin minutieux. Pour le dire autrement, l'occupation de l'espace du champ par les personnages, ainsi que les décors, sont également d'une fidélité exemplaire, et l'on pourrait décrire le travail de Snyder comme une synthèse particulièrement réussie entre la contiguïté constitutive du comics et la continuité qui est l'essence du cinéma. On assiste ainsi à de purs moments de grâce, le moindre n'étant pas l'hallucinant générique qui, sur "The Times They Are A-Changing" de Bob Dylan (chanson citée dans l'œuvre originale), réussit la performance de condenser les "documents annexes" dont Moore ne manque jamais de parsemer ses comics, et nous donne en quelque minutes sublimes une idée précise de l'évolution du monde uchronique des "Watchmen", au travers notamment d'instantanés des Minutemen retranscrivant à la perfection à la fois le ridicule des superhéros du Golden Age et la paradoxale, émouvante et sincère nostalgie qu'ils exercent sur Moore... Plus quelques innovations parodiques typiquement mooresques, telles qu'Andy Warhol posant devant une sérigraphie du Hibou! Les SFX, quant à eux, sont la plupart du temps mobilisés pour offrir des moments de pure contemplation au spectateur: ainsi la séquence où le Docteur Manhattan élabore son superbe et complexe édifice sur Mars, tout en faisant l'apologie de la matière inerte, ne manque pas de faire écho à "2001, l'Odyssée de l'Espace", à la fois par la magie et le psychédélisme qui en émanent. Référence à Kubrick d'ailleurs relayée par un Richard Nixon en roue libre qui s'avère une sorte de remake du "Docteur Folamour". Ceci pour dire que, même si Snyder a ses propres idoles, l'aspect multi-référentiel des comics de Moore est également parfaitement respecté, et que les fans se feront un régal, lorsque le DVD sera sorti, de se le repasser en boucle pour repérer toutes les allusions culturelles qui parsèment le film.

Pour son troisième opus, Snyder nous gratifie donc d'un authentique chef-d'œuvre, et place la barre très haut dans le genre superhéroïque. On a du mal à imaginer comment les futures productions, tant chez Warner/DC que chez Fox/Marvel, pourront rivaliser avec "Watchmen". Quoi qu'il en soit, on peut au moins espérer qu'il constituera une espèce de locomotive qui tirera le genre vers le haut... Sinon, et bien on est d'ores et déjà en présence d'un futur classique, une œuvre avant-gardiste déjà culte qui fera date dans l'histoire du cinéma mainstream, et ce quels que soient ses résultats au box-office.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18849987&cfilm=57769.html

Voir également la chronique (en trois épisodes) de l'ami Sigismund:

http://imagesquibougent.canalblog.com/archives/2009/03/07/index.html
http://imagesquibougent.canalblog.com/archives/2009/03/08/index.html
http://imagesquibougent.canalblog.com/archives/2009/03/09/index.html

...ainsi que celle de l'ami Indiana Jones (oui, c'est mon copain!):

http://cinemadolivier.canalblog.com/tag/watchmen%20les%20gardiens

Aujourd'hui, l'iconographie sera comparative:

rorschach

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Rorschach

hibou

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Le Hibou

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Ozymandias

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Le Spectre Soyeux

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Le Docteur Manhattan au Vietnam

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Le Comédien et l'Owlship

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Rorschach en action

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Les Minutemen

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La mort du Comédien

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Le Hibou et le Spectre Soyeux, après l'amour...

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08 mars 2009

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS... (Fév 2009)

Fin de mois

ET POUR QUELQUES MOLLARDS DE PLUS...

(ou: "Les chroniques auxquelles vous croyiez pouvoir échapper!")

Mille excuses platissimes pour mon récent absentéisme: il n'est pas question de démotivation comme certains d'entre mes lecteurs ont pu le craindre, mais tout bêtement de problèmes de bécane ayant nécessité l'intervention de gens plus compétents que moi - un grand merci à Philippe pour sa patience et son abnégation à me sortir de la merde du tristement célèbre "blue screen", un effet très spécial et hautement indésirable... Je soupçonne d'ailleurs les frères Wachowski de s'être bassement vengés en m'expédiant une quelconque vérole matricielle, ce qui ne m'empêchera pas de leur dire que je leur pisse au cul à trente mètres sans en toucher les bords, et que le "Watchmen" de Zack Snyder (chronique bientôt) renvoie leur pitoyable "V pour Vendetta" dans les oubliettes de leur grandiloquente médiocrité. Rien à voir avec les "Mollards" ci-dessous, me direz-vous, mais bon, quand Patchworkman fâché, Patchworkman toujours taper sur les Watchowski, même si on sait pas pourquoi, eux ils le savent! Un dernier mot: je vais répondre incessamment à tous les commentaires faits sur les récentes chroniques, je m'en serais déjà acquitté si j'en avait eu la possibilité, mais voilà... maudits Wachowski!

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Comics

DC UNIVERSE HORS-SÉRIE #11

"L'Attaque des Amazones" (2)

par Will Pfeifer & Phil Woods

(Panini - Octobre 2008)

Ma foi, je n'ai pas grand chose à rajouter à ce que j'ai déjà exposé dans ma chronique du #10 de "DC Universe Hors-Série" ("Mollards" d'Août 2008) qui présentait les trois premiers épisodes de la mini-série "Amazons Attack". La saga est certes fort intéressante et bien réalisée, tant d'un point de vue scénaristique que graphique, mais l'on retrouve toujours les mêmes trous dans la narration entre les différents épisodes, puisque le tome 2 des aventures de Wonder Woman qui complète ce crossover "en alternance" est toujours attendu chez nous dans la collection "DC Heroes". Dès sa parution, et en ajoutant les #48 et 49 des "Teen Titans" (parus dans "DC Universe" #36 et 37) qui participent aussi du crossover, on pourra enfin s'offrir une lecture complète et cohérente de la saga. Enfin... "relativement" complète, car entre les épisodes 4 et 5, Batman disparaît subitement pour faire un crochet dans "Catwoman" #69, séquence dont on peut d'ores et déjà faire son deuil puisque la série n'a jamais été publiée en France, et n'est pas près de l'être... Au terme du #6, on restera sur un cliffhanger des plus sadiques, la mini-série s'achevant sans s'achever sur un coup de théâtre assez inattendu, dont on n'obtiendra le dénouement que dans "Final Crisis" (publication annoncée à compter de Juillet 2009 par Panini), ce qui pose "Amazons Attack" en tant que prélude de cette énième "crise". Ceux qui pensaient pouvoir se lire une mini-série DC tranquilles, c'est-à-dire sans s'immerger à nouveau dans l'enfer céphalo-méningé d'un mega-crossover, en seront donc pour leurs frais... sans parler de l'organisation du calendrier des parutions chez Panini, qui s'est avérée un peu légère sur ce coup...

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Comics

SUPERMAN & BATMAN HORS-SÉRIE #6

"Le jeune Prodige" (5)

par Frank Miller & Jim Lee

(Panini - Décembre 2008)

Après une pause réservée au "All-Star Superman" de Morrison et Quitely dans son #5, la revue "Superman & Batman Hors-Série" reprend la saga "All-Star Batman" avec les épisodes #9 et 10. Fort de l'impunité éditoriale que confèrent les réalités alternatives, Frank Miller se montre de plus en plus délirant et irrévérentieux, comme le prouve l'entrevue entre Batman et Green Lantern qui occupe la quasi-totalité du #9. Un épisode anthologique dont la particularité est d'être presque entièrement COLORISÉ EN JAUNE (!!!) puisque, comme le savent tous les fans de GL, ce dernier est quelque peu allergique à cette couleur... C'est donc afin de neutraliser son anneau que Batman repeint tout le décor en jaune - y compris lui-même et Robin!!! - ce qui nous vaut un grand moment de comics foutraque! La conversation qui s'ensuit ne l'est pas moins car, au-delà d'un Green Lantern qui, en tant que messager de la JLA, vient reprocher ses méthodes par trop viriles à un Batman décidément imbuvable, ce ne sont rien moins que deux conceptions du comics qui s'affrontent: d'une part la vision urbaine, crépusculaire, nietzschéenne, hyper violente et politiquement incorrecte qui caractérise la manière habituelle de Miller, et d'autre part la conception du comics mainstream qui, pour lui devoir beaucoup et s'être affranchie de pas mal de tabous, n'en semble pas moins encore trop édulcorée au goût de l'auteur de "Year One"... Mieux: si je ne craignais pas de me faire taxer de partialité, je tenterais volontiers un brin d'exégèse de cette "méta-textualité" pour y voir une descente en flammes de la série "Green Lantern" de Geoff Johns, scénariste-star de DC qui donne le ton à toute la production de la firme... Car ce pauvre Hal Jordan se voit tout de même tourné en bourrique d'un bout à l'autre de l'épisode, pour finir copieusement dérouillé et envoyé à l'hosto par un Robin qui, sans doute trop bien formé, dépasse son maître en infamie! Après ce règlement de comptes par super-héros interposés, on replonge plus profondément que jamais dans le style sordo-crépusculaire, avec un #10 qui donne la vedette au commissaire Gordon. Affligé d'une femme alcoolo qui casse de la tôle et du mobilier urbain avant de terminer à l'hosto, ainsi que d'une fille qui se fait ramasser par les keufs en costume de Batgirl, il se sent soudain très vieux... Accessoirement, on apprend (résurgence de "Year One") qu'il a une maîtresse, dissimule quelques cadavres dans ses placards, et entretient une relation officieuse à la "je-t'aime-moi-non-plus" avec notre Dark Knight... Bref, deux épisodes millerissimes, et qui ne laissent pas de nous mettre l'eau à la bouche quant à ce que ce diable d'homme garde en réserve pour la suite de cette saga où la noirceur le dispute à la bouffonnerie.

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DVD

BUVEURS DE SANG (I Drink Your Blood)

de David E. Durston (1970)

"Mad Movies" attaque très fort en proposant, avec son n°214 de Décembre 2008, ce chef-d'oeuvre absolu du nanar américain, à propos duquel Robert Rodriguez ne tarit pas d'éloges. Pur produit de drive-in, circuit dans lequel les films étaient exploités par paires, "I Drink Your Blood" (chez nous: "Buveurs de Sang") fut projeté à sa sortie en 1970 en compagnie d'une autre zéderie fort pertinemment intitulée "I Eat Your Skin", ce qui était en fait un retitrage de "Zombies", vieux navet réalisé en 1964 par un certain Del Tenney et déterré par le producteur Jerry Gross - auquel l'Internationale nanardeuse devrait élever un monument! D'ailleurs, mon flair me dit qu'on va voir "I Eat Your Skin" resurgir incessamment, dans un prochain numéro de "Mad", par exemple... Mais revenons à nos vampires, en attendant les cannibales: l'histoire est abracadabrantesque au possible, les acteurs superbement mauvais, le budget subliminal, la mise en scène approximative, les effets spéciaux réalisés par Buitoni, mais putain que c'est bon! Le nanar idéal, de la plus parfaite imperfection, si vous voyez ce que je veux dire... L'argument en lui-même mérite au moins un prix Nobel: une bande de hippies à peine caricaturaux et un peu satanistes sur les bords, genre "Manson Family", sème la terreur à Plouc-City. Pour se venger de ces affreux qui ont obligé son grand-père à bouffer un acide (attention séquence d'anthologie: le pépé en plein trip!), un sale gosse prélève le sang d'un clébard enragé et le réinjecte dans les tourtes au poulet (spécialité locale!) qui constituent leur repas. La bande est alors saisie d'une frénésie meurtrière qui va les porter aux extrêmes limites du... comique involontaire!!! À ce sujet, le réalisateur n'est pas en reste et, à l'entendre commenter son nanar dans les boni du DVD, on jurerait qu'il a réalisé pour le moins l'équivalent de "Citizen Kane"! Bref, que du plaisir, et un must définitif pour tous les fondus de nanars!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.youtube.com/watch?v=WOC2z_cDc5E

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Vu à la télé

LES QUATRE FANTASTIQUES ET LE

SURFER D'ARGENT

(4: Rise Of The Silver Surfer)

de Tim Story (2006)

Là, on n'a plus la trop fameuse excuse "de l'acte d'exposition", et pourtant le sous-doué Tom Story foire encore sa copie de façon plus que lamentable. Par ailleurs, on ne va pas tirer sur les ambulances et s'appesantir sur la triste condition de yes-man de ce réalisateur qui, comme tant d'autres, se contente de faire très précisément là où on lui dit, ce qui prouve simplement que c'est un bon toutou auquel on a appris le caniveau. En revanche, s'intéresser de façon plus générale à la politique des studios en matière de films superhéroïques, et en particulier à l'approche d'Avi Narad, producteur et principal coordonnateur entre Marvel et la Fox, me paraît nettement plus significatif. Car au moment où l'univers des comics se fait de plus en plus adulte et flirte avec un pessimisme réaliste digne des meilleurs romans noirs, les adaptations ciné (à ces quelques exceptions près que sont Nolan, Miller et autre Singer) suivent exactement le mouvement inverse et proposent des films de plus en plus infantiles, à tel point qu'en comparaison les productions Disney ressemblent à des sommets de politiquement incorrect! Bon, que "Les Quatre Fantastiques et le Surfer d'Argent" soit un film pour les gniards, je n'ai rien contre à la limite, mais ça n'excuse pas pour autant l'extrême médiocrité de l'entreprise, et surtout pas celle d'un script qui, brassant des épisodes aussi historiques que "Bedlam At The Baxter Building", la célèbre "Trilogie de Galactus" ou encore l'arc fameux de la rencontre Fatalis / Surfer (1), restitue au final un brouet indigeste à force de compression réductrice des diverses storylines qui, à trop vouloir en dire, finit tout simplement par ne rien raconter du tout. Je passe rapidement sur le mariage de Reed et Sue, réduit à une séquence digne de n'importe quelle sitcom débile où l'on voit Mr Fantastic danser avec des pouffiasses façon Paris Hilton, pour vous parler du tour de force de cette ébauche de scénario qui a tout de même réussi à ramener des personnages aussi charismatiques que le Surfer d'Argent et le Docteur Fatalis à l'état de simples figurants. Mais l'apothéose est atteinte avec Galactus, bâclé avec quatre ronds de fumée! Visiblement, ni Tom Story ni les scénaristes (parmi lesquels on est navré de retrouver Mark Frost, co-créateur avec David Lynch du chef-d'oeuvre télévisuel "Twin Peaks") ne savent quoi foutre de leurs personnages, et préfèrent tirer à la ligne avec d'interminables bavardages pseudo-scientifiques, ou encore les engueulades de Reed avec une ganache galonnée. Pour tout arranger, les CGI sont d'une hideur et d'une indigence proprement honteuses par rapport au budget alloué à cette merde, et les acteurs sont toujours à prendre à coups de gifles. L'attrape-gogo typique, avec le Surfer dans le rôle de l'effet d'annonce!

Note:

(1): "Bedlam At The Baxter Building": publié dans "Fantastic Four Annual" #3 - publication française chez Panini dans l'Intégrale "Fantastic Four 1965" (voir chronique éponyme). Quant à la "Trilogie de Galactus" ("Fantastic Four" #48-50), vous la trouverez dans le volume 1966 de cette même Intégrale, ainsi que le "Fantastic Four" #57 qui voit le début de la confrontation Surfer / Fatalis, celle-ci s'achevant dans le #58 qui ouvre le volume 1967 (voir "Mollards" de Juillet 2008).

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18731066&cfilm=109443.html

Voir également la chronique de l'ami Erwan (et tant que vous y êtes, exhortez-le à reprendre son blog):

http://misterwan.canalblog.com/archives/2008/04/18/index.html

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Vu à la télé

DRAGON ROUGE (Red Dragon)

de Brett Ratner (2002)

Voilà encore une preuve éclatante, si besoin en était, de la nullité abyssale de Brett Ratner - plus connu dans le milieu sous le sobriquet très valorisant de "The Rat". Après le magistral "Le Silence des Agneaux" de Jonathan Demme (1) et le potable "Hannibal" de Ridley Scott, le marchand de soupe Dino de Laurentiis décide d'allonger le potage en adaptant "Dragon Rouge", premier épisode des aventures de notre cannibale favori, feignant d'ignorer l'existence de la remarquable version qu'en a tiré un Michael Mann en état de grâce sous le titre "Manhunter" (en France: "Le sixième Sens"). Las, Ratner n'est ni Demme ni Scott, et on s'ennuie ferme devant l'effarante platitude de sa réalisation, qui enchaîne les plans sans âme à la manière d'un fonctionnaire municipal rendant un rapport circonstancié sur l'état des ronds-points de la commune! À aucun moment, Ratner ne se montre capable de susciter la moindre émotion, ce qui est tout de même un comble lorsqu'on adapte un thriller de Thomas Harris, dans lequel ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent, étant donnée la noirceur du matériau de base. On n'a jamais peur, pas plus que l'on horrifié, ni même intéressé un tant soit peu par le déroulement de l'intrigue, et surtout l'on ne parvient à s'identifier à aucun des personnages, tant les acteurs semblent démotivés. Entre un Anthony Hopkins cabotin et limite cacochyme et un Harvey Keitel qui pense à ces putains d'impôts qu'il va enfin pouvoir payer, ce n'est certes pas la prestation léthargique de cette saucisse d'Edward Norton qui nous fera oublier l'interprétation habitée que William Petersen donnait du profiler Will Graham dans la version de Mann... Pire: même Ralph Fiennes, pourtant habituellement excellent dans le registre psychopathe (voir le "Spider" de Cronenberg), ne parvient pas à tirer son épingle du jeu, et à remédier à l'incroyable carence de climat et de tension de l'ensemble. Bref, on oublie, et on se précipite dans le premier vidéo-shop s'offrir le DVD de "Manhunter".

Note:

(1): Voir "Mollards" de Mars 2007

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18673448&cfilm=39178.html

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Vu à la télé

THE HOLE

de Nick Hamm (2000)

Quatre ados, inévitablement bas du front et sortis d'un collège pour gosses de riches, qui se laissent enfermer par le geek de service, et pour d'obscures raisons dont les scénaristes eux-mêmes n'ont pas la moindre idée, dans un bunker souterrain, ça vous branche? Une seule, l'héroïne, en sortira vivante... Mais que s'est-il passé durant ces trois jours de claustration volontaire? Pas grand-chose, vous pouvez m'en croire, si ce ne sont les habituelles vannes à deux balles débitées par ce quarteron de stéréotypes (la blondasse bimbo, le bel et non moins blond athlète viril, le fils de milliardaire américain pourri par le fric, et l'héroïne timide et transie d'amour pour le précédent), qui ne s'arrêtent de dire des conneries que pour partouzer et picoler et fumer des oinjs... On tourne donc en rond dans ce bunker où l'on s'ennuie ferme, au fil d'une série de flash-back donnant chacun une version différente de l'affaire, car figurez-vous qu'en plus les auteurs de ce navet se la jouent façon "Quatuor d'Alexandrie"! Mais ni les retournements de situation artificiels, ni les twists poussifs ne parviendront à nous garder les yeux ouverts... C'est donc sans regret que je renvoie cette bande de jeunes imbéciles dans le "trou" dont ils n'auraient jamais dû sortir!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18654601&cfilm=35097.html

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Comics

TOM STRONG - Tome 4

par Alan Moore, Chris Sprouse,

Howard Chaykin & Shawn McManus

(Panini - coll "100% ABC - Juillet 2008)

La parution de ce quatrième volume de "Tom Strong" me donne l'occasion de féliciter Panini pour le beau travail réalisé, dans la continuité des défunts "SEMIC-Books", sur les séries de la ligne de comics "ABC", créée par Alan Moore pour Wildstorm, firme rachetée depuis par DC. Autant pour "Tom Strong" que pour "Promethea" ou "Top Ten", Panini n'a pas laissé tomber les fans de Moore et a assuré la continuité de la publication des séries en France, les reprenant comme si le passage de relais n'avait jamais eu lieu, et qui plus est dans une formule largement inspirée des "SEMICS-Books", tant du point de vue de la présentation (on trouve même le fameux marque-page découpable sur le rabat de la couverture) que de celui d'un rapport qualité / prix optimal. Adonc, ce tome 4 regroupe les #15 à 19 (Mars 2002 - Avril 2003) d'une série qui s'acheva en Janvier 2006 avec son #35 - la contribution de Moore prenant fin quant à elle avec le #22. On y retrouve évidemment tout ce qui fait le charme du Maître, à savoir un mélange tout à fait fascinant de parodie et d'hommage respectueux aux comics du Golden Age, et on se perd une fois de plus dans cet univers hyper-référentiel où les vieilles légendes américaines (l'affaire des disparus de "Croatan") côtoient les théories les plus avancées - et souvent assez loufoquement détournées - de la physique moderne, ainsi que les codes, non moins malmenés, du comics classique et d'une certaine littérature populaire (rappelons que Tom Strong a été pensé sur le modèle du célèbre Doc Savage, star de la littérature enfantine qui fut aux States une sorte d'équivalent de notre Bob Morane national). Par le fait, Tom Strong se trouve être un héros absolument positif, et la narration habile de Moore ne se permet jamais d'appuyer la parodie au point de le ridiculiser, l'approche humoristique se tournant plus volontiers vers une sincère nostalgie d'une certaine "innocence perdue" du comics, reconstituée avec une naïveté à la fois feinte et paradoxalement très émouvante. Car ce n'est pas le moindre des charmes discrets de Moore, auteur de comics définitivement inclassable, que cette légèreté avec laquelle il développe les différents niveaux (nostalgiques, parodiques, idéologiques, etc...) de sa narration, et au bout du compte la séduction opère de façon imparable sans qu'on puisse jamais en décrire les raisons de façon satisfaisante. Certes, dans l'œuvre de Moore, "Tom Strong" peut sembler, du fait même de cette légèreté de ton, quelque peu anecdotique par rapport à d'autres séries beaucoup plus essentielles, mais l'anecdote elle-même prend chez lui de telles proportions qu'elle demeure encore un modèle pour l'ensemble du monde du comics.

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Comics

WALKING DEAD #7

"Dans l'Oeil du Cyclone"

par Robert Kirkman & Charlie Adlard

(Delcourt - Janvier 2009)

Déjà sept volumes parus de la série-fleuve de Robert Kirkman et Charlie Adlard, et c'est toujours autant de la balle! Pas le moindre signe d'essoufflement dans cette chronique au jour le jour d'une communauté de survivants dans un monde envahi par les zombies et qui pourrait bien être, pour ce que l'on en sait, celui-là même dans lequel se déroule la fameuse saga de George A. Romero, tant il est vrai que tous les codes sont là. Ce qui ne manque pas de nous laisser sur le cul, c'est: comment une série de conception aussi classique, déclinée qui plus est dans un noir et blanc impitoyable, sans fioriture et brut de décoffrage, peut-elle s'avérer d'une telle efficacité? Peut-être précisément parce que Kirkman et Adlard nous racontent leur histoire "à l'ancienne", sans aucun de ces artifices formels narratifs ou graphiques à la mode, plus ou moins heureux selon qui les emploie. Avec Kirkman et Adlard, le lecteur redécouvre les joies de la rigueur et du scénar ficelé aux petits oignons, sans aucune concession faite à la facilité, aux effets inutiles, aux tirages à la ligne et à l'auto-contemplation. On retrouve cette notion de "roman graphique", chère à la défunte revue "À Suivre..." et que l'on croyait typiquement européenne, tant cette saga renoue avec une dimension romanesque que l'on trouve rarement dans le comics. Par le fait, c'est aussi rigoureusement composé que "La Comédie humaine" ou les "Rougon-Macquart" - sauf que, ben ouais, ça se passe chez les zomblards, ça on peut pas dire le contraire... Mais là encore, et toujours comme chez Romero, les morts-vivants ne sont jamais que le prétexte pour pousser dans ses derniers retranchements sociologiques une humanité toujours prête à régresser jusqu'en son point zéro, et que c'est bien là le thème que Kirkman a décidé de disséquer dans la moindre de ses variations. D'une manière ou d'une autre, et ce depuis "La Nuit des Morts-Vivants", mettre l'humain face au zombie, c'est confronter la tentation du pouvoir aveugle et autodestructrice à l'innocence du pur instinct. Au moment où je vous cause, nos héros ont d'ailleurs affaire à une autre communauté voisine et néanmoins antagoniste, puisque ayant lâché la bride à ses plus immondes pulsions pour fonder une micro-société totalitaire (on y retrouve d'ailleurs le thème romérien des zombies utilisés pour "les jeux du cirque", directement importé de "Land Of The Dead"), gouvernée par un vilain d'autant plus inquiétant qu'il s'est vu arracher quelques membres et organes divers dans le volume précédent, ce qui ne l'empêche pas de revenir à la fin de ce tome pour réclamer vengeance, à la tête d'une véritable armée. Ça va saigner grave, dans le tome 9!

Voir également la chronique de l'ami Erwan (y'en a que pour lui ce mois-ci! Allez, reviens, Erwan):

http://misterwan.canalblog.com/archives/2008/02/26/index.html

DCU

"L'Attaque des Amazones": le torchon brûle entre Wonder Woman et Hippolyte...

B___S

Batman et Robin: yellow is beautiful!

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"Buveurs de Sang": le nanar qui vous prend la tête!

FF

Le Surfer plaqué argent, ou le retour du bling-bling mochasse!

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"The Hole": ça nous en fera pas un autre!

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"Dragon Rouge": en fait, on l'a dans le dos!

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"Tom Strong": de la technologie considéré comme l'un des Beaux Arts!

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Cool! y'a un nouveau vilain dans "Walking Dead"!

MangArmor_

Et pendant ce temps-là, notre ami Bruno dessine toujours...

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19 février 2009

LA COLLINE A DAS YEUX 2

Vu à la télé

LA COLLINE A DES YEUX 2

de Martin Weisz (2007)

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Étrangement, le diptyque "La Colline a des Yeux" version remake reproduit le même schéma que l'original, à savoir un premier épisode tout à fait réussi, tant dans le cas de Wes Craven (1977) que dans celui d'Alexandre Aja (2006), suivi d'une séquelle décevante. Pire, même, car si "La Colline a des Yeux 2" version Craven (1985) se rattrapait quelque peu du fait d'un charme indéniablement nanardesque, son remake de 2007 s'avère des plus ennuyeux, comme la plupart des séquelles tournées par pur opportunisme pécunier. Au-delà de la question de savoir si c'est Craven producteur qui a refusé le scénar de la dream-team Alexandre Aja / Grégory Levasseur en tant que trop extrémiste, ou si au contraire c'est Aja qui n'a pas voulu se compromettre en tournant le script commercial et sans originalité présenté par Craven, on ne peut que constater le manque d'intérêt total suscité par cette production fonctionnaire et sans surprise. Ce coup-ci, c'est une escouade de troufions se baguenaudant dans le désert qui va se retrouver décimée par la fameuse bande de tronches-en-biais, vous parlez d'une affaire... Bref, un plat à peine réchauffé auquel on a déjà goûté, agrémenté à la sauce loup-garou, dans le pitoyable "Dog Soldier" de Neil Marshall (2001), lui-même marchant sur les traces du classique et excellent "Predator" (1987). Mais si le film de McTiernan est resté un modèle d'efficacité en dépit d'un argument scénaristique très basique, c'est qu'il ne se contente pas, comme "La Colline a des Yeux 2", de nous infliger un énième slasher sans âme dans lequel les jeunes cons de service portent un uniforme pour tenter de noyer le poisson. En effet, tout le premier acte de "Predator" s'attachait fort habilement à nous brosser un portrait assez effrayant des futures victimes, en tant que véritables professionnels du massacre, avant que de leur balancer son monstre dans les pattes. Sous-entendu: si de telles machines à tuer se mettent soudain à avoir peur, c'est que ce qu'ils ont à affronter est véritablement épouvantable - bref, une parfaite mise en condition. On ne peut hélas pas en dire autant des jeunes peigne-cul du film de Weisz, tant ils sont peu crédibles dans leurs beaux uniformes de baroudeurs du dimanche, et semblent avoir été directement parachutés d'un quelconque "Scream". On sait dès l'abord, tant la disproportion avec l'adversaire est criante, que l'on est condamné à les voir se faire aligner sans aucune surprise - exception faite du trio de survivants que l'on a bien évidemment identifiés dès les premières minutes - soupir! S'il a autrefois su surprendre en tant que cinéaste par la création de concepts véritablement originaux ("Les Griffes de la Nuit", "L'Emprise des Ténèbres"), Wes Craven semble ne plus rien avoir à dire, qu'il oeuvre comme producteur ou comme réalisateur. L'homme passe en effet son temps à se remaker (parfois avec bonheur, quand il a la chance d'avoir un Aja aux manettes), à se séquelliser, voire - plus grave - à recycler inlassablement les bonnes idées d'autrefois, à peine maquillées. Ainsi, le nullissime "Scream 3" (1999) - voir "Mollards d'Octobre 2006 - s'avérait déjà un démarquage flagrant du très intéressant "Freddy sort de la Nuit" (1994), de même que les déambulations labyrinthiques des guignols de "La Colline a des Yeux 2" peinent à dissimuler leur parenté avec celles des protagonistes du sympathique "Le Sous-Sol de la Peur" (1991). Et encore, je ne vous parle pas de ses productions les plus hasardeuses, comme par exemple ce remake de 1998 du chef-d'œuvre de Herk Harvey "Le Carnaval des Âmes" (1962) - voir rubrique éponyme - signé Adam Grossman et Ian Kessner, fort heureusement passé inaperçu et qui, à en croire les quelques infortunés qui l'ont subi, est tout à fait digne de l'oubli dans lequel il est tombé. Mais que voulez-vous, tout le monde ne vieillit pas comme Romero ou Cronenberg...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18731951&cfilm=119662.html

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Des gonzesses dans l'armée: franchement, vous y croyez, vous?

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...quoique celle-là, ça semble être un bon cou!

trou

Ben ouais, y'a comme un trou dans le scénar...

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Pour le coup, elle est borgne, la colline!

chauve

...et elle perd ses cheveux, aussi!

sale__tat

Même pas mal!

empalement

Là, quand même, ça pique un peu!

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01 février 2009

TERRA OBSCURA

Comics

TERRA OBSCURA

par Alan Moore, Peter Hogan & Yanick Paquette

(Panini - coll "100% ABC" - Décembre 2008)

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Ceux qui ont lu le tome 3 de "Tom Strong", publié dans la même collection "100% ABC", connaissent déjà la "Terra Obscura", cette planète jumelle de la Terre que notre héros découvrit à l'autre bout de la Voie Lactée dans les #11 et 12 de sa propre série. Par la même occasion, il y fit la connaissance de son propre avatar alternatif Tom Strange, ainsi que d'une multitude de "héros de la science" (c'est ainsi que l'on nomme les super-héros dans le monde des comics ABC) organisés en une sorte de JLA locale à la sauce Moore: le "SMASH" ("Société des Meilleurs Américains Super-Héros"). Effectivement, il eût été dommage de ne pas exploiter plus avant le potentiel évident de certains de ces personnages hauts en couleurs, et la "Terra Obscura" ne tarda pas à faire l'objet, entre 2003 et 2005, de deux mini-séries spin-off de six épisodes, dont voici la première en publication française. Tout à fait dans la continuité de "Tom Strong", ce comics possède le même charme désuet et nostalgique que la série-mère, tout en rappelant par certains aspects d'autres titres à personnages multiples comme le génial "Top Ten", avec lequel elle partage le côté gentiment délirant et iconoclaste, ou encore le monument "The Watchmen", qui explorait la même thématique du "super-héros vieillissant". Encore que l'on ait ici affaire à une variation: si les héros du SMASH ont en commun avec les Watchmen d'être quelque peu rouillés, voire déchus, et de reprendre leur activité après trente ans passés en "animation suspendue" (comme le savent les lecteurs de Tom Strong), ils ont conservé en revanche la fougue de la jeunesse et, s'ils connaissent des doutes quant à leur réadaptation à un monde qui a changé durant leur absence, ils échappent en revanche à la corruption, tant physique que psychologique, qui apportait aux "Watchmen" toute leur dimension tragique. Mais, à y bien regarder, ce statut ambigu de "super-héros décalé" - que l'on pourrait désigner sous le concept de "syndrome de Captain America" - permet à Moore de réaliser son cocktail favori, à savoir faire vivre des aventures "modernes", développées selon un style de narration très personnel et pour le moins avant-gardiste, à des héros dûment estampillés "Golden Age", et porteurs d'une nostalgie d'écorché vif. Comme d'habitude, tout se passe comme si Moore avait dynamité le comics tout en regrettant, dans un même mouvement inverse et paradoxal, que le genre ait perdu sa fraîcheur et sa naïveté initiales en gagnant sa maturité artistique. D'où une sorte de mise en abyme perpétuelle avec des personnages qui, à la moindre occasion, s'évadent de leurs cases pour prendre de la distance et survoler leurs propres aventures tout en les commentant de manière à la fois ironique et métaphysique: on songe notamment à "Supreme", à cet épisode de "Tom Strong" (#19) où celui-ci se retrouve prisonnier des pages d'un comics, à la redéfinition de "Swamp Thing" lors de laquelle le héros découvre qu'il n'était pas celui qu'il croyait être, et enfin à "Promethea", série dans laquelle ce concept de "méta-comics" est porté jusqu'à ses plus extrêmes limites. Dans "Terra Obscura", on ne compte plus les personnages au statut ainsi incertain, naviguant entre les dimensions dans un univers dont les frontières sont poreuses, et qui semblent avoir transcendé leur condition comme pour mieux se contempler, et contempler le monde depuis un "ailleurs" quel qu'il soit. Tout se passe comme si le signifiant se mêlait soudain au signifié, la textualité du récit devenant elle-même un élément dramatique permettant aux personnages d'interagir avec les outils même de la narration pour influer sur leur propre devenir. On citera ce personnage extraordinaire qu'est La Terreur, qui se survit au travers d'un programme informatique, mais tout aussi bien le Fantôme Vert, sorte de Docteur Strange au look de Phantom Stranger ectoplasmique (car le jeu incessant des références sert également à réduire les figures du comics à quelques signes archétypaux), ou encore Fighting Yank, qui puise ses pouvoirs dans l'esprit de ses ancêtres, lesquels contemplent l'ici-bas depuis leur dimension de fantômes, comme autant de satellites prompts à délivrer de l'information afin d'interpréter le réel et d'en démêler l'écheveau symbolique. Pareil à ses héros, Moore prend un appui solide sur le terrain du comics, et se sert de ses codes pour mieux les transcender, comme si ses oeuvres nous amenaient au coeur même du processus narratif et de la textualité ou, si vous préférez, comme si les combats de ses personnages se réduisaient soudain à des affrontements de concepts. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Moore a très tôt rompu avec un certain spectacularisme du comics, et ce n'est certes pas chez lui qu'il faudra chercher les interminables bastons sur les toits des buildings qui ont fait la gloire de Marvel! Par le fait, il se pourrait bien qu'à l'instar de ses héros, il se soit définitivement immergé - et nous avec! - dans la forêt des symboles chère à Promethea...

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Des super-héros rétros comme s'il en pleuvait...

De gauche à droite: Mlle Masque, Aigle Solitaire, Tom Strange,

le Fantôme Vert, le Scarabée, Fighting Yank  et le Libérateur

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Réunion au sommet du SMASH:

De gauche à droite:

le Libérateur, le Croisé Américain, Tim, Pyroman et la Fille en Rouge

terreur

La Terreur (et son assistant Tim):

indubitablement le personnage le plus fascinant de la série

moissonneur

La fin spectaculaire du Moissonneur, exécuté par la Terreur...

maison

D'étranges dimensions où il ne fait pas bon faire du porte-à-porte!

dr_x

Le Docteur X, très charismatique vilain qu'on ne tardera pas à revoir...

Posté par patchworkman à 10:48 - Comics - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 janvier 2009

BRUNO

Humeurs

BRUNO

Chronique inhabituelle aujourd'hui, puisque chronique cent pour cent copinage éhonté, n'ayant d'autre sujet que de vous présenter mon pote Bruno, dont vous pouvez admirer ci-dessous l'autoportrait.

AlterEgo_

(1): Son lieu de travail

(2): Son patron, qui n'a aucun sens de l'humour!

(3): Allusion à sa fonction

Bruno fut d'abord une relation de travail, dont je fis la connaissance en 1999, lorsque je pris mes fonctions dans ma nouvelle affectation après m'être rapatrié dans mon Var natal. Mais nous ne tardâmes pas à devenir copains comme cochons, l'homme se trouvant être, à l'instar de votre serviteur, un vrai fondu de comics - fan notamment de la saga "Star Wars", de John Byrne et de l'"Elektra" de Frank Miller... Inévitablement, s'ensuivit un intense échange de comics et un enrichissement réciproque de nos cultures superhéroïques. Je lui dois pour ma part un grand merci de m'avoir fait connaître des choses aussi incontournables que l'oeuvre de l'immense Andreas ("Rork", "Capricorne"...) ainsi que ces fameux "Next Men" de John Byrne dont je ne rate pas une occasion de vous rebattre les oreilles!

Mais Bruno a cet avantage sur moi ("qui ne sais que critiquer", comme ne manquent pas de me le faire remarquer certains commentateurs bienveillants...) que lui, il dessine, et de façon plutôt convaincante, comme vous allez pouvoir en juger. Suffisamment en tous cas pour voir certains de ses crobards publiés dans le courrier des lecteurs de "Scarce", que tous les fans de comics connaissent bien. Récemment, j'ai eu cette chance de pouvoir jeter un oeil en avant-première sur les crayonnés de la BD sur laquelle il bosse actuellement, et je puis vous dire que c'est un vrai travail de pro. Bluffé, je lui ai donc proposé d'être la vedette de l'une de mes chroniques, et il a sympathiquement accepté, me fournissant pour l'occasion un portfolio de dessins humoristiques brocardant gentiment le petit monde des comics, et dont vous trouverez ci-dessous un florilège.

J'espère que vous serez nombreux à encourager Bruno dans les coms, car il le mérite vraiment... Et j'ose même caresser l'espoir qu'un pro de la BD viendra traîner ses guêtres sur ce blog afin - pourquoi pas? - de lui proposer du boulot...

BatMann_

BatBruce

À tout seigneur tout honneur, on attaque avec Bats.

Perso, je confierais sans problème "Detective Comics" à Bruno!

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Une version quelque peu hardcore du "Black Spidey"!

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Toujours Spidey, avec une fort réjouissante galerie de vilains!

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Elles voient des mains partout!

G

Casting chez George Lucas...

PrX

Un petit lavage de cerveau?

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Wharf! Ce gag m'a lessivé!

Hou__

Vaut mieux voir ça qu'être aveugle!

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin: ci-dessous, le commentaire graphique que ma récente chronique "Infinite Crisis en Big Books" a inspiré à Bruno. Je dois reconnaître qu'il ne m'a pas loupé, le bougre! Car il vous offre là un instantané de la Patchcave criant de vérité! Exceptionnellement, vous avez donc le droit de vous payer ma tête! Mme Patch en rigole encore!

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La crise!

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07 janvier 2009

TRASH (Novembre 2008)

Vu à la télé

TRASH (Novembre 2008)

Tout d'abord, une bonne et heureuse année à tous, pleine de bons films et de bons livres, avec des DVD et des comics comme s'il en pleuvait, tout cela donnant lieu bien sûr à de belles chroniques tartinées avec passion ou, à défaut, à des commentaires inspirés - on ne dira jamais assez ô combien vos commentaires, ainsi que les débats passionnés qu'ils occasionnent parfois, sont motivants pour nous autres blogueurs... Longue vie donc à nos blogs respectifs, pour ceux qui en ont, et quant aux autres, je compte sur eux pour me raconter un peu ce qu'ils ont trouvé dans leurs groles, en cette période où c'que ça sent le sapin! Votre serviteur, lui, commence l'année en retard, comme d'hab, avec les films "Trash" de Novembre 2008, qui nous proposent un authentique chef-d'oeuvre oublié, suivi de deux petites de perles de kitsch british dont vous trouverez ici le pitch, comme disait Nietzsche - vous affolez pas, c'était juste pour la rime!

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LE MORT-VIVANT (Dead Of Night)

de Bob Clark (1974)

Voilà un putain de bon Dieu de film génial qu'il était urgent de ressortir des oubliettes où il se trouvait confiné, un vrai festin pour les "trashmen" friands de bizarreries en tous genres, et qui pourrait constituer à lui tout seul un manifeste de cette déviance qui sert de critère à toutes les incongruités cinématographiques programmés chaque vendredi soir sur Arte. Film inclassable par définition, en ce qu'il brasse les thématiques et les genres avec une habileté diabolique, "Le Mort-Vivant" s'avance masqué. D'ailleurs, s'agit-il vraiment d'un "film de zombie"? Si son budget modeste, son esthétique volontiers trashy et un argument de base rapidement transcendé peuvent entretenir un certain malentendu - que l'auteur cultive par ailleurs assez pernicieusement - ce troisième film du Bob Clark (1) est loin de se résumer à ce pour quoi il se donne, ni au titre sous lequel son distributeur français l'a diffusé (2), prouvant par là qu'il n'en avait pas compris grand chose - à supposer qu'il l'ait seulement visionné… Car dans la longue cohorte des imitateurs plus ou moins doués d'un Romero qui n'a jamais cessé de donner le ton, de la sortie de "La Nuit des Morts-Vivants" (1968) à nos jours, on compte sur les doigts d'une main les "zombies-movies" à s'être vraiment affranchis des codes romériens pour explorer des voies inédites. "Le Mort-Vivant" fait indubitablement partie de cette catégorie, à supposer bien sûr qu'il s'agisse bien d'un film de zombie et là, comme nous allons le voir, ça n'est pas gagné… Bob Clark et son brillant scénariste Alan Ormsby semblent d'ailleurs avoir pris le parti de déconcerter le spectateur en proposant une structure en forme "de millefeuilles", une sorte de palimpseste thématique qui superpose plusieurs niveaux de lecture s'articulant parfaitement les uns aux autres et inscrits dans un mélange de genres nous maintenant dans une indécidabilité permanente. Le tout en adoptant une forme de narration et un rythme assez provocateurs, pour ne pas dire délibérément rébarbatifs, du moins dans le contexte d'un film fantastique. S'ouvrant dans une ambiance mélodramatique d'une sécheresse de ton absolument hallucinante, le film nous confronte à l'anéantissement d'une famille de gens modestes auxquels on vient annoncer la mort du fils dans le bourbier vietnamien. Atmosphère pesante, rythme lancinant, décors minimalistes, score désintégrant toute structure musicale tonale et ponctué des grincements lancinants d'un rocking-chair, mise en scène réduite à l'essentiel et s'ancrant dans une quotidienneté des plus triviales, tout nous emmène aux antipodes du spectacularisme des monster-movies traditionnels. L'élément fantastique va s'insinuer lentement dans cette désespérance dépressive, sans le moindre coup de théâtre: d'abord avec une mère qui sombre dans la folie du déni de réalité et qui continue à dresser la table pour son fils qui va rentrer incessamment, elle n'en doute pas… Tandis qu'elle babille avec un enjouement fissuré afin de tenir l'inadmissible à distance, seul lui répond le silence ponctué de regards accablés échangés par le père et la fille, dans lequel résonne lugubrement le bruit des couverts. Puis c'est un soldat mutique et inquiétant qu'un routier prend en stop… Le fils en grand uniforme de héros réapparaît bientôt sur le seuil de la demeure familiale et, tandis que la maisonnée résonne des cris de joie, le réalisateur sadique nous fait découvrir le cadavre du camionneur… Dès lors, si le film développe une ligne narrative "de surface" qu'on pourrait sommairement décrire comme "un mort-vivant sortant de sa tombe et assassinant les vivants afin de se nourrir de leur sang pour préserver une intégrité physiologique problématique" (ce qui constitue, je m'empresse de le préciser, un niveau de lecture au ras des pâquerettes), ce long chemin parsemé de cadavres va brasser une quantité phénoménale de thèmes, superbement mêlés les uns aux autres. Ainsi, au détour d'un assassinat, le film envoie sans crier gare une charge militante avec un cynisme à couper le souffle, notre infortuné héros lançant à l'adresse de ses victimes ce terrible slogan: "Je suis mort pour vous, votre tour est venu de mourir pour moi!" On songe quasi immédiatement aux soldats-zombies de Joe Dante dans "Vote ou crève" - l'un des meilleurs épisodes de la série TV "Masters Of Horror" (3) - qui sortaient de leur tombe pour venir voter contre l'engagement des troupes dans le conflit irakien - et je ne serais pas surpris outre-mesure de retrouver "Le Mort-Vivant" parmi les films de chevet du papa des "Gremlins"! Et ça ne s'arrête pas là: le "Taxi Driver" de Scorsese, tourné deux ans plus tard et avec son viet-vet cherchant pareillement une réponse à l'absurdité vietnamienne dans un déchaînement de violence, vient immédiatement derrière, ouvrant la bonde à toute la vague de films post-Vietnam qui vont forcer l'Amérique à regarder ses démons en face. Honnêtement, le personnage campé par De Niro n'est-il pas un semblable "mort-vivant", cherchant la sérénité et la rédemption dans le sang? Tout bien considéré, le film de Bob Clark, sous sa défroque de B-movie tourné à l'arrache, ne s'avère pas seulement précurseur, mais franchement visionnaire, et ce par plus d'un aspect. Par exemple, traiter du thème du zombie sous un angle avant tout pathologique (au sens médical du terme) est également une première. Romero lui-même saura s'en souvenir (4) lorsqu'il appliquera le même traitement au vampirisme avec son "Martin", tourné en 1977 et qui empruntera au film de Clark l'instrument même par lequel s'actualise le rite vampirique: une seringue. En effet, dans "Le Mort-Vivant", le "zombisme" - de même que le vampirisme dans le film de Romero - n'est pas décrit comme monstrueux, mais comme valétudinaire. Qu'on le considère sous l'aspect d'une dégradation physique irréversible ou sous celui de l'addiction (évoqué au travers du recours à la shooteuse), c'est plus notre compassion que notre dégoût qui se trouve sollicitée. Le héros zombifié de Clark se fait dès lors le porte-parole de tous les viet-vets revenus des rizières réduits à l'état de junkies ou psychologiquement perturbés, et dont le retour au pays sera le point de départ d'une inéluctable et interminable déchéance physique et sociale, dont la zombification devient ici la métaphore évidente, dans le contexte d'une indifférence générale. Dans "Le Mort-Vivant", l'inscription de cette déchéance dans le contexte de la cellule familiale, qui s'en trouve contaminée, prend une dimension supplémentaire: celle de l'incontournable culpabilité développée face à l'impuissance que peuvent éprouver ceux à qui échoit la terrible responsabilité d'accompagner jusqu'à sa fin une personne gravement malade, et dont l'intégrité physique se dégrade inexorablement. En quoi j'ai été tenté de comparer "Le Mort-Vivant" à "La Gueule ouverte", premier film de Pialat qui traite précisément de cette culpabilité face au cancer, ainsi d'ailleurs que de tout le corpus des sentiments, aussi douloureux que paradoxaux, éprouvés dans le contexte pénible d'une mort annoncée. Mieux: par extrapolation, on imagine facilement la résonance que peut prendre la vision du film de Clark dans les années post-SIDA, et l'on s'en fera une idée plus précise avec cet autre OVNI du genre qu'est "Moi, Zombie - Chronique de la Douleur" (1998) d'Andrew Parkinson (ça ne s'invente pas!), seule autre oeuvre à ma connaissance à aborder le "zombisme" sous un angle purement pathologique, et ce avec une crudité graphique qui n'a d'égale que l'horreur psychologique qui la sous-tend. Car le héros de Parkinson a cela de commun avec celui de Clark qu'il a une conscience aiguë de son état désespéré (et c'est d'ailleurs ce qui démarque irrévocablement ces deux films des "zombie-movies" traditionnels et de leurs créatures décervelées), sauf que, circonstance aggravante, le zombie de Parkinson crève tout seul (et interminablement!) dans son coin, ce qui fait de cette oeuvre épouvantable une sorte de one-man show de l'horreur physique et mentale. Mais revenons-en à notre "Mort-Vivant", et à cette "culpabilité familiale" qui en est le thème le plus marquant, en ce que la maladie ne compte rien moins parmi ses symptômes qu'une longue série de meurtres. Plus ou moins "justifiés" comme autant de sacrifices ayant pour fonction de ralentir, sinon d'enrayer, l'inéluctable pourrissement de notre cadavre sur pied, les meurtres renvoient à une culpabilité familiale qui trouve sa source dans une forme de complicité objective, fruit d'un écartèlement cornélien dans lequel la pseudo-vie du fils est mise en balance avec la préservation des vivants. Ce n'est que lors de la séquence finale, à la fois terrible et magistrale, que l'on comprendra à rebours que le "malade" et le meurtrier n'étaient pas celui qu'on pense. Dès lors, on n'aura plus qu'une envie: celle de s'offrir dans la foulée une seconde vision du film, rétrospectivement et à la lumière de ce twist final. L'on en sortira ébahi par l'exceptionnelle richesse, à la fois formelle et thématique , de cette modeste série B dont on n'aurait pas donné deux sous, et surtout par sa rigueur d'écriture qui confine à la perfection. Le spectacle de cette mère qui retient au bord de la tombe son fils cherchant à s'enterrer, comme le bordant dans son lit une dernière fois pour faire le deuil d'une réalité à la fois insupportable, alternative et fantasmatique, résonne longtemps avec des échos de tragédie grecque, dans laquelle la catharsis coïncide avec la pire des connaissances. Le réel va pouvoir reprendre ses droits, et il ne sera pas beau à voir...

Notes:

(1): ...derrière "Children Shouldn't Play With Dead Things" (1972) et "Black Christmas" (1973). La carrière de Bob Clark en tant que cinéaste horrifique surdoué atteindra son apogée en 1979 avec le très cauchemardesque "Meurtre par Décret", de loin la meilleure variation sur le thème maintes fois exploité de "Sherlock Holmes contre Jack L'Éventreur". C'est également le dernier bon film de Clark, qui accumule les pires merdes depuis le début des années 80.

(2): En fait, le titre le plus pertinent sous lequel le film fut exploité est celui de sa première ressortie aux States: "Deathdream". Par ailleurs, ce film qui ne déparerait pas dans les ciné-clubs et autres salles "art et essai" a connu une carrière des plus erratiques, baladé au fil des ans de grindhouse en drive-in, sous les titres successifs et plus ou moins inspirés de "The Veteran", "The Night Andy Came Home", "Whispers" et "White Night". Chez nous, il connut également une exploitation sous l'appellation "Soif de Sang" - on pleure!

(3): Voir chronique: "Masters Of Horror - saison 1 - épisodes 6 & 8".

(4): Juste retour des choses, puisque le premier film de Clark "Children Shouldn't Play With Dead Things" s'inspirait fortement de "La Nuit des Morts-Vivants"! Pour la petite histoire, sachez également que, sur "Le Mort-Vivant", les maquillages sont dus à Tom Savini, dont c'était la première expérience professionnelle. On reste en famille!

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://fr.youtube.com/watch?v=S65wVHsYJTQ

Allez, on se fait un petit extrait:

http://fr.youtube.com/watch?v=jGx1uff1G1s

Voir également la chronique de l'ami Sigismund:

http://imagesquibougent.canalblog.com/archives/2008/12/10/index.html

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LE GRAND INQUISITEUR 

(The Witchfinder General)

de Michael Reeves (1968)

Dans la catégorie "British horror from the sixties", "Le grand Inquisiteur" est une sélection logique. D'abord parce que, bien que n'étant pas une production "Hammer", il en a à s'y méprendre toute la saveur, ce qui donne une idée de l'hégémonie stylistique que la célèbre firme exerçait sur le genre à l'époque... Ensuite du fait que, bien que tombé depuis dans les oubliettes qui sont le lot du cinéma d'exploitation, il n'en fut pas moins en son temps un petit classique du bis qui sut se faire remarquer de la secte de fanzineux hantant le ghetto des cinémas de quartier - du moins si j'en juge par les critiques très positives que j'ai pu retrouver dans mes vieux numéros contemporains de "Creepy", "Eerie" et autre "Vampirella", exhumés à l'occasion de cette chronique. Cet engouement fut essentiellement dû à la présence en tête d'affiche de Vincent Price, alors l'une des plus prestigieuses stars de l'horreur, qui s'offre ici un véritable festival de vilenie visqueuse dans le rôle-titre. Mais le film de Michael Reeves se distingue également par un sadisme proprement hallucinant pour l'époque, rendant même des points à la "Hammer" qui n'était pourtant pas en reste sur ce chapitre. Certes, l'on pourra légitimement stigmatiser une certaine complaisance dans la multiplication des scènes de torture, toutes plus raffinées les unes que les autres. Toutefois, nonobstant le fait qu'elles feraient aujourd'hui gentiment sourire un public nourri de "Saw" et autre "Hostel", il n'en demeure pas moins qu'en cette période de censure virulente (et, oserait-on dire non sans une certaine ironie: inquisitrice!), seuls de tels débordements grand-guignolesques étaient porteurs du potentiel transgressif propre à satisfaire le public très particulier des films d'horreur, d'ailleurs souvent considéré comme déviant ou, en tous cas, "pas très net". Et puis soyons honnêtes, un film d'horreur qui ne se montrerait pas quelque peu complaisant, à un moment ou à un autre, nous semblerait bien fade, à nous autres déviants indécrottables! Ceci pour dire que les temps ont bien changé et que de nos jours, "Le grand Inquisiteur" s'appréciera davantage pour le spectacle kitsch d'une flamboyance gothique qui, là encore, est digne des plus fameux classiques de la "Hammer", ce qui lui vaudra l'estime des aficionados. Une autre particularité de cette oeuvrette décidément curieuse est de développer son argument horrifique sur fond de film d'aventures historique, ce qui le place à l'intersection des deux genres. C'est en effet dans le contexte, dépeint de façon tout à fait convaincante, de l'insurrection cromwellienne et de la persécution des papistes par Charles Ier que l'infâme Vincent Price va semer la terreur à travers l'Angleterre, à coups de parodies de procès pour sorcellerie, d'aveux extorqués par la torture et d'exécutions sommaires. Cynique à souhaits et mielleusement ignoble, il va s'affronter à Ian Ogilvy ("jeune premier" connu pour avoir succédé à Roger Moore en interprétant le rôle de Simon Templar dans la série TV "Le Retour du Saint") qui le poursuit de sa vindicte avec une détermination inébranlable. Il faut dire que "Le grand Inquisiteur" a abusé de sa fiancée qui espérait, en cédant à ses avances, obtenir la grâce de son père convaincu de sorcellerie, et qui se verra tout de même exécuté en dépit du sacrifice de sa fille. Par ailleurs, le film livre son lot de séquences gentiment sexy qui, conjuguées aux divers déchaînements sadiques de l'ignoble individu, prennent une connotation assez perverse. Quant aux tortures proprement dites, elles trouvent leur réalisme dans une historicité pointilleuse, ce qui prouve que, toute série B qu'il soit, le script est assez sérieusement documenté. Je ne citerai que cette épreuve discriminante et tristement célèbre qui consiste à balancer une victime ligotée dans la rivière: si elle flotte, c'est la preuve irréfutable de son appartenance démoniaque, et elle sera donc exécutée. En revanche, si elle a la chance de se noyer, l'infortunée se verra magnanimement disculpée! C'était juste un échantillon des joyeusetés que réserve cette chronique de la persécution ordinaire, car il s'en passe bien d'autres dans le secret des donjons obscurs où elle nous emmène...

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://fr.youtube.com/watch?v=rXmmJ6lKcfY

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LA CRÉATURE INVISIBLE

(The Sorcerers)

de Michael Reeves (1967)

"Trash" persiste et signe dans la crypto-série B britannique avec le second film de Michael Reeves, cinéaste obscur s'il en est, puisque décédé prématurément après avoir réalisé "Le grand Inquisiteur" en 1968 (sa première oeuvre étant "La Sorella di Satana", une production italienne de 1966 inédite chez nous, avec la vénéneuse Barbara Steele). Si "Le grand Inquisiteur jouissait d'une certaine réputation auprès des aficionados hardcore, on est en revanche dans l'archéologie cinéphilique pure et simple avec "La Créature invisible", dont ne doivent se souvenir que les fans inconditionnels de Boris Karloff, qui tient ici la tête d'affiche en compagnie de Ian Ogilvy, décidément acteur-fétiche de Reeves (voir ci-dessus). Très schématiquement, le cinéma populaire british des sixties se décline selon deux styles principaux: l'un s'inspirant, comme on l'a vu, du gothisme façon "Hammer", et l'autre préférant les ambiances décalées et zarbies à la "Chapeau Melon et Bottes de Cuir", et dont on trouve les prémisses dans la célèbre franchise des "Quatermass" initiée par Val Guest dans les années 50. Avec "La Créature invisible", on se situe nettement dans la seconde catégorie, le film se déroulant dans un Londres épuré à l'extrême, et dont la population semble se limiter aux protagonistes du script. Il en résulte des rues vides la plupart du temps, induisant une atmosphère étrange, comme si la ville se réveillait de quelque catastrophe nucléaire, ou encore des venelles obscures s'insinuant entre deux murs de briques, et qui semblent une lointaine réminiscence du Whitechappel de Jack l'Éventreur. Pour faire bonne mesure, on se régalera également de l'ambiance très psychédélique d'un "Swingin' London" digne du "Blow Up" d'Antonioni, et notamment dans les scènes tournées dans un night-club où de jeunes mods et des meufs en minijupes dansent le jerk au son des Rickenbaker. Adonc, "La Créature invisible" raconte l'histoire d'un couple de vieillards (les "Sorcerers" du titre original) dont le mari (Boris Karloff, dans le rôle du savant fou de service) a inventé une machine diabolique permettant de contrôler à distance l'esprit des malheureux qui y sont soumis. Le couple va donc piéger le pauvre Ian Ogilvy, jeune dandy blasé traînant son ennui d'un night-club à l'autre, et qui sera appâté par la perspective d'une expérience inédite. Son passage sous l'inénarrable machinerie va d'ailleurs nous valoir un moment anthologique de psychédélisme nanardesque. La séquence est en effet d'un kitsch irrésistible, organisant l'expérience comme un light-show fleurant bon l'acide lysergique, sur une ambiance sonore à la Pierre Henry. Killer! Le reste tourne à la comédie grinçante dont nos amis d'outre-Manche sont si friands car, non contents de prendre à volonté le contrôle de l'esprit de leur cobaye involontaire, Pépère et Mémère éprouvent par procuration toutes les sensations de celui-ci, sans bouger de chez eux. Aux caprices anodins, comme retrouver les joies de la piscine, succèdent bientôt, l'impunité aidant, d'autres plaisirs plus moralement discutables, notre couple versant dans la délinquance sénile... Si Pépé est plutôt un brave type au sens moral développé, Mémé en revanche pète les plombs et se lâche à donf: elle casse un magasin de fourrures, puis se paye un rodéo en gros cube, avant que de passer à la vitesse supérieure et de se mettre à bousiller les gens, le tout par Ogilvy interposé, tandis que Pépé, dont la volonté est bien moins forte que celle de sa moitié, se voit réduit à l'état de spectateur impuissant et désapprobateur. Ce scénar foutraque à souhaits nous offre une heure et demie d'un réjouissant délire décliné de manière très pisse-vinaigre et avec toute la morgue requise: so british! Bref, une bizarrerie de plus à mettre à l'actif des programmateurs de "Trash", dont l'inspiration semble aussi inépuisable que l'érudition en matière de sous-culture déviante. Savoureux.

Cliquez sur le lien pour voir la bande-annonce:

http://fr.youtube.com/watch?v=o7ri_81AbZs

incognito

"Le Mort-Vivant" revient incognito...

routier

Un routier trop sympa!

shooteuse

Un vampire d'un nouveau genre, dont se souviendra Romero...

chien

Mais que fait Brigitte Bardot?

torture

"Le grand Inquisiteur": un film qui fracasse!

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Le majestueux Vincent Price (non, c'est pas le frère de Leader!)

croix

Les sorcières n'ont qu'à bien se tenir!

nu

Patchworkman vous en donne plus: la playmate du mois (scène censurée)

machine

Le couple infernal de "La Créature invisible", et son inénarrable machine!

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Un psychédélisme haut en couleurs!

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Ian Ogilvy, acteur-fétiche de Michael Reeves

meurtre

Sur les traces de Jack L'Éventreur...

Posté par patchworkman à 12:57 - Vu à la télé - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 décembre 2008

A LA RECHERCHE DE PATCHWORKMAN

Humeurs

À LA RECHERCHE DE PATCHWORKMAN!

Le grand jeu de Noël

communale

Saurez-vous reconnaître sur cette photo le Patchworkman en son âge le plus tendre, et serez-vous suffisamment physionomistes pour débusquer derrière un minois faussement angélique le dangereux psychopathe qui, quelques années plus tard, ne rêvera que de zombies putréfiés, membres arrachés et vierges vampirisées?

La règle est simple: vous me communiquez le numéro du personnage que vous pensez être moi.

Vous avez droit à autant d'essais que vous voulez, avec toutefois une restriction: un seul message par heure (le premier de la tranche horaire considérée) recevra une réponse. Par exemple, si quelqu'un d'autre a tenté sa chance tel jour entre 9h00 et 9h59, il vous faudra attendre 10h00 pour essayer d'émettre votre proposition. C'est là qu'on va voir les plus assidus! N'hésitez pas à cliquer sur la photo afin de l'agrandir.

Le gagnant remportera un DVD bien destroy, que je lui enverrai après communication de ses coordonnées postales.

Afin d'éliminer toute concurrence déloyale, je tiens à préciser que sont exclus de ce jeu les familiers qui connaissent ma tronche, et a fortiori ceux avec qui j'ai usé mes fonds de ben sur les bancs de la communale.

Cette page sera régulièrement remise à jour jusqu'à désignation du vainqueur, et je bifferai les numéros erronés sur la photo au fur et à mesure des propositions.

Bonnes fêtes à tous, et que le meilleur gagne!

Posté par patchworkman à 10:41 - Humeurs - Commentaires [56] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 décembre 2008

INFINITE CRISIS EN BIG BOOKS

Comics

titre

en "BIG BOOKS"

INTRODUCTION:

"Le mega-crossover: stade ultime du comics...

...ou prise de tête à but lucratif?"

Reprise tardive de notre feuilleton "Infinite Crisis", que j'avais il est vrai quelque peu délaissé depuis la conclusion de "The OMAC Project" publiée chez nous en Septembre 2006 (ce qui ne nous rajeunit pas!), dans "Batman & Superman # 7 (voir "Mollards" de Novembre 2006), et qui constituait l'un des (nombreux) préludes à la fameuse "crise". Avant que de m'attaquer à une chronique de la série "Infinite Crisis" proprement dite, nous allons donc passer en revue les différentes mini-séries publiées en amont de celle-ci, et auxquelles Panini a décidé de consacrer un pan tout entier de sa collection "Big Books" sous cette même bannière "Infinite Crisis", à raison de deux titres par album. Pour cette première fournée, je me contenterai des trois premiers volumes, puisque les suivants sont à rattacher à la saga "Crisis Aftermath" relatant les événements "post-Crisis".

État des lieux: à la base, on a donc une multitude de séries plus ou moins régulières et interconnectées qui, mega-crossover oblige, vont se mettre à converger dans le temps et l'espace jusqu'à se confondre au moment de la "crise", censée bien évidemment les "redéfinir" dans leur totalité. Première remarque: la crise virtuelle qui nous est relatée dans les comics répond à une crise éditoriale et commerciale, bien réelle quant à elle. Quel que soit le plaisir qu'on prend à la lecture d'un crossover, on ne peut pas raisonnablement donner tort à l'esprit critique qui définira ce principe comme un attrape-gogos poussant à la consommation. Car le concept du crossover a aussi son histoire: ainsi, tant qu'il ne s'agissait que d'aller chercher dans le titre "Superman" la fin d'une aventure débutée dans "Batman", cela pouvait encore être interprété comme une invitation polie à élargir ses horizons. Mais c'était mal connaître le libéralisme économique que de croire que l'industrie du comics allait s'en tenir là... De phylactère en aiguille, le concept de crossover n'a cessé de croître et embellir, au point d'en devenir une caricature de lui-même, plus connue sous le nom de "mega-crossover". Et encore, le mega-crossover d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier: en effet, à considérer le chef-d'oeuvre de Marv Wolfman et George Perez "Crisis On Infinite Earths" (1985-1986) comme le premier crossover géant de l'histoire du comics, le lecteur contemporain sera tout simplement confondu par sa relative simplicité en comparaison des usines à gaz que sont "Infinite Crisis" chez DC ou "Civil War" chez Marvel. Pourtant, si "Crisis On Infinite Earths" embrassait à l'époque la quasi totalité des séries DC, sa structure était simple: il y avait un "avant-crise" et un "après-crise" de part et d'autre des douze épisodes de la série, et point-barre. Le fan de Flash, par exemple, pouvait aisément faire le détour par "Crisis" pour comprendre pourquoi Wally West avait remplacé Barry Allen sous le fameux costard rouge, puis reprendre la chronologie de sa série favorite sans se préoccuper autrement qu'occasionnellement du devenir des autres titres DC. Ou, s'il se mettait à le faire de façon régulière, c'était selon son bon vouloir. Et c'est bien là que je veux en venir: une telle situation est de nos jours impensable pour les éditeurs de comics, et "Infinite Crisis" est là pour en témoigner. L'impérialisme des deux majors du comics DC et Marvel est tel que tout est fait pour que le fan achète la quasi totalité des séries sous peine d'être irrémédiablement largué, quels que soient les titres qu'il suit assidûment. Le mega-crossover, nonobstant la qualité artistique des comics qu'il met en oeuvre, peut donc être considéré comme une OPA particulièrement agressive sur le portefeuille des fans. Au désir, librement consenti, suscité hier par tel ou tel titre, il a substitué la contingence d'un besoin qui rend indispensable, par un jeu de références perpétuel, l'assiduité à un maximum de séries. Je vous ai décrit plus haut la structure on ne peut plus simple de "Crisis On Infinite Earths", crossover mis en chantier avant tout - il est important de le préciser - pour répondre à un DÉSIR exprimé par le lectorat de DC de voir établir une cohérence qu'ils vivaient comme problématique à l'époque. Tout le génie scénaristique de Marv Wolfman consista donc à pointer les contradictions et à apporter une réponse à chacune d'entre elles, livrant à la fin des douze épisodes de la série un "DC-verse" relativement cohérent. À l'inverse, tout se passe dans "Infinite Crisis" et ses satellites comme s'il était question de foutre un maximum de bordel, histoire de susciter un nombre incalculable de questionnements donnant du grain à moudre aux scénaristes pour une période indéterminée, et créant de toutes pièces un BESOIN chez le lecteur en le maintenant dans une sorte de cliffhanger permanent. D'où la structure particulièrement complexe, pour ne pas dire inexpugnable, d'"Infinite Crisis": les séries régulières se mettent soudain à converger vers une multitude de mini-séries parallèles, lesquelles se mettent à leur tour à pareillement converger, en tant que "préludes", vers une série-pivot développant la "crise" proprement dite, ceci sans cesser d'interagir les unes sur les autres, voire sur les séries régulières qui continuent leur parution pendant ce temps-là... et je ne vous parle pas des divers "one-shots" faisant de temps à autre une éphémère apparition pour y ajouter leur grain de sel! Bref, pour mettre en organigramme l'interactivité d'"Infinite Crisis", il faudrait pour le moins prévoir une surface de l'ordre d'une façade de l'Empire State Building!

Un tel état de fait ne va évidemment pas sans produire quelques effets pervers. À force de mega-crossovers, l'univers de DC devient à tel point autoréférentiel qu'il en constitue désormais un ésotérisme jaloux de lui-même, soit: une affaire d'initiés, pour ne pas dire de geeks... En effet, l'accessibilité des storylines mises en oeuvre par des scénaristes de plus en plus délirants ne risque-t-elle pas, à terme, de devenir problématique pour un public de profanes, quand les "initiés" eux-mêmes ont parfois du mal à s'y retrouver? Actuellement, pour un néophyte, prendre en route une série DC est du domaine de l'impossible, et la lui expliquer revient presque à soutenir une thèse de doctorat! On peut donc raisonnablement craindre un certain découragement de la part d'un nouveau lectorat potentiel, en même temps qu'un vieillissement des "initiés", voire une échappée vers les séries du comics indépendant qui ne présentent pas de tels inconvénients, ce qui est pour le moins paradoxal, l'objectif visé étant pour les majors d'occuper le terrain et de prendre un maximum de parts de marché.

Le problème est particulièrement sensible en France où, en dépit des efforts méritoires de Panini pour coller au plus près de la chronologie US, les entorses à celles-ci ne peuvent pas toujours être évitées du fait des délais de publication: on a ainsi vu certains "préludes" sortir alors que la série "Infinite Crisis", par définition postérieure, battait son plein depuis plusieurs mois dans la revue "Batman & Superman", de même que d'autres séries régulières publiées dans "DC Universe" se retrouvaient en décalage dans leur interactivité par rapport au crossover, ou à tel ou tel de ses "préludes... Et je ne parle pas des questionnements resté en suspens, pour la bonne raison que la plupart des titres impactés par "Infinite Crisis" ne sont tout simplement pas publiés chez nous. Le lecteur français se trouve donc contraint à une gymnastique intellectuelle assez éprouvante, consistant à remettre en ordre le puzzle d'une chronologie événementielle éclatée, et dont certaines pièces demeurent désespérément manquantes... Constant flash-back et flash-forward, prise de notes en vue de l'établissement d'un ordre de lecture, colmatage des trous au moyen des maigres allusions glanées au détour d'une page ou des quelques infos que nous donnent les éditorialistes de Panini: tel est le lot du lecteur français qui, dans de telles conditions et malgré toute sa bonne volonté, a du mal à se départir d'une fatale impression de replâtrage. Quand la lecture d'une BD commence à supposer la maîtrise d'un SYSTÈME au sens philosophique du terme, et lorsqu'elle implique autant de recherches que de lecture, on est en droit de se demander si une telle cérébralité n'est pas quelque peu antithétique avec l'essence populaire du comics, et si cette quête permanente d'informations et d'ordination des événements ne finit pas par s'avérer plus contraignante que divertissante, c'est-à-dire par tout simplement nuire au plaisir de lire un comics... Il semblerait en effet que les "initiés" et autres fans rompus au brainstorming que requiert la lecture des séries DC - ce qui suppose également un budget conséquent! - ne suffisent plus à viabiliser celles-ci de façon durable auprès du lectorat français, sans parler de l'écrasante concurrence marvelienne...

Quoi qu'il en soit, on ne pourra pas reprocher à Panini de ne pas avoir fait le maximum pour essayer de résoudre la quadrature du cercle, notamment au travers de ces somptueux "Big Books" qui préludent "Infinite Crisis", et dont j'attaque enfin la chronique après cette longue mais nécessaire introduction.

01INFINITE CRISIS - Vol 1: "Prélude" (1)

(Panini - coll "Big Books" - Juin 2006)

1ère partie - "The Rann-Thanagar War"

par Dave Gibbons, Ivan Reis, Joe Pardo &

Joe Bennett

Je vous entretenais plus haut de la "cérébralité" des séries DC... Ben là, justement, on est servi! Le scénar pondu par Dave Gibbons (qu'on a connu en d'autres temps comme génial dessinateur des "Watchmen" d'Alan Moore - prosternation!) est un édifice d'une telle complexité qu'il ne m'a fallu pas moins de cinq lectures consécutives, avec prises de notes (et de tête!) pour parvenir à en apprécier toutes les subtilités et à démêler l'écheveau de ses multiples lignes narratives. Comme son titre l'indique, cette mini-série (six épisodes) se donne avant tout comme un crossover Hawkman / Adam Strange, et c'est là que commencent les difficultés pour les froggies que nous sommes, vu que la série régulière "Hawkman" est tout aussi inédite chez nous que la mini-série "Adam Strange: Planet Heist" dont "The Rann-Thanagar War" est la suite directe. Car la fameuse guerre interplanétaire bat déjà son plein lorsque nous ouvrons le "Big Book", et nous eussions été d'emblée bien largués sans le briefing auquel se livre fort opportunément Adam Strange dans le premier épisode - ceci pour dire que, pour faire les choses correctement, une publication française de "Planet Heist" n'eût pas été du luxe... En revanche, la transition avec la série "Hawkman" est plus problématique, et nous n'en saurons pas plus sur ce mystérieux "Phénix" que l'homme-oiseau et sa compagne affrontent dès la première page: gênant! Au fil des épisodes, le crossover va bien évidemment s'élargir, accueillant deux Green Lantern (Kyle Rainer et Kilowog), un Omega Man (Tyggor), Vril Dox et sa L.E.G.I.O.N. accompagnés de la vieille gloire Captain Comet, le Starman local (à ne pas confondre avec le Starman terrestre, pourquoi faire simple?), sans oublier toute une armada d'aliens aux tronches bigarrées et aux morphologies plus ou moins biscornues, puisque la guerre que se livrent Rann et Thanagar ne va pas tarder à déborder le système polaire (entendez: les planètes qui gravitent autour de l'Étoile Polaire) pour embraser toute la galaxie, et notamment le système végan, fief de ces très malfaisants Psions qui donnent régulièrement du fil à retordre aux Green Lantern. Je ne vais pas m'étendre davantage, de peur de vous coller une migraine carabinée, sur toutes les factions en présence, non plus que sur les intérêts stratégiques plus ou moins fumeux qui amènent celles-ci à se ranger dans l'un ou l'autre camp - voire à tourner casaque en plein milieu du récit! Car de deux choses l'une: soit l'on décroche au bout de quatre pages et l'on s'enquille un tube de Doliprane, soit on s'accroche - ce qui demande une bonne dose d'entêtement, voire de perversité - et dès lors la lecture que l'on fait de "The Rann-Thanagar War" risque fort de s'aliéner dans quelque chose qui ressemble fort à une explication de texte, pouvant aller pour les plus geeks d'entre nous jusqu'à entreprendre des recherches documentaires qui peuvent nous emmener très, très loin - et soyez convaincus que je parle d'expérience! C'est alors qu'une sorte de petit miracle se produit, et que l'on reste absolument baba devant la perfection systémique du script de Gibbons qui, sous de faux airs de space-opera superhéroïque à la sauce "Star Wars", finit par renouer avec une tradition beaucoup plus intello de la SF classique représentée par des créateurs d'univers aussi prestigieux que Frank Herbert ou Isaac Asimov. Par le fait, la "cosmopolitique" qui sert d'infrastructure aux multiples affrontements épiques auxquels on assiste n'est pas sans rappeler, de par le soin qui est apporté à sa mise en système d'une précision obsessionnelle, le souffle cosmique positivement fascinant qui animait les célèbres cycles de "Dune" ou de "Fondation". Mieux, Asimov m'est soudainement apparu comme une sorte de précurseur de la conception moderne du comics, notamment par la manière ahurissante dont il a fini par réunifier son imposant oeuvre romanesque en un "Asimov-verse" dont il conte et organise l'Histoire sur des millénaires, finissant par interconnecter ses différents cycles (les "Robots", l'"Empire intergalactique", "Fondation") dans un mega-crossover avant l'heure. De manière assez similaire, Gibbons dresse une sorte de cartographie de la "sphère spatiale" de l'univers DC, avant d'en jeter les différentes factions les unes contre les autres... Sauf que cette cartographie n'est pas apparente au premier regard et se donne comme éclatée, la narration sautant d'une planète à l'autre toutes les quatre pages, nous présentant alternativement les différents fronts de la guerre qui fait rage, chacun d'entre eux représentant un enjeu bien précis qui finira par prendre sa place dans l'ensemble. C'est donc au lecteur de se prendre par la main et de réaliser la synthèse de cet univers foisonnant, tant au niveau des décors qu'à celui des concepts. Certes, il s'agit d'un effort intellectuel intense, pour ne pas dire fastidieux, et je conçois tout à fait qu'il puisse rebuter certains lecteurs. Moi-même, si je reste admiratif devant la construction scénaristique élaborée par Gibbons, que l'on contemple un peu comme une oeuvre d'architecte, je dois avouer que je ne me taperais pas un comics de ce tonneau tous les jours, et que je prise davantage une narration plus limpide... Circonstance aggravante, le dessin souffre d'une mise en couleur dégueulasse (signée d'un certain John Kalisz) qui noie littéralement le trait du pourtant excellent Ivan Reis, nuit à la lisibilité du graphisme et rajoute encore à la confusion d'un comics qui, de par les options de narration très spéciales prises par son scénariste, n'avait pas vraiment besoin de ça. Enfin, son positionnement à l'intérieur même d'un mega-crossover interminable fait que cette mini-série n'a pas véritablement de fin, si ce n'est un rebondissement de dernière minute qui nous laisse assez désagréablement la trique en l'air, nous renvoyant à plus tard pour ce qui est du dénouement. Mais ça, je vous en parlerai un peu plus loin...

2ème partie - "Day Of Vengeance"

par Bill Willingham, Justiniano & Ron Wagner

Depuis que le vétéran Hal Jordan a laissé tomber la défroque du Spectre pour reprendre ses fonctions initiales de Green Lantern (voir mini-série "Rebirth" dans "DC Universe #5 à 10), l'entité est devenue folle et, nous explique-t-on, a "perdu tout contact avec la réalité" en l'absence d'hôte humain. Du fait de sa nature inconcevable hors d'une telle symbiose, le Spectre fait un peu tout et n'importe quoi, comme appliquer une peine de mort disproportionnée à des maris adultères, à de petits canaillous piquant quelques dollars dans les poches de leurs parents, ou encore aux mauvais citoyens ayant floué le fisc. Bref, il est devenu néorépublicain! Par ailleurs, on se souvient de Jan Loring, l'ex-compagne d'Atom qui a précipité cette fameuse crise dans laquelle on patauge depuis des mois en assassinant Sue Dibny, l'épouse bien-aimée de l'Homme Élastique, dans "Identity Crisis" (publiée dans "Batman & Superman #1 à 4). Adonc, la meurtrière va se retrouver possédée par le démon Eclipso, lequel profite de la faiblesse du Spectre pour le circonvenir et le convaincre d'éradiquer toute magie, en tant que source de tous les maux de la Terre. Le Spectre se convertit alors dans le massacre systématique de tous les magiciens, sorciers, nécromants, avatars et divinités, ce qui a pour effet d'éclaircir considérablement la "sphère magique" de l'univers DC. Se colleter avec le Spectre, ça fout les jetons (faut avoir vu le Phantom Stranger transformé en souris!) et toute la communauté occultiste fait dans son ben, à l'exception d'un sextuor de magiciens de troisième ordre rassemblés par le destin et qui va tenter l'impossible sous le nom de "Shadowpact". S'il est vrai que le "Shadowpact" n'est jamais qu'une super-équipe de plus faite de bric et de broc et peut sembler un plat réchauffé à première vue, il n'en demeure pas moins que le scénariste Bill Willingham parvient contre toute attente à lier la sauce et à faire de "Day Of Vengeance" une série passionnante d'un bout à l'autre, déclinée sur un ton relativement nouveau. Sa plus belle réussite aura été sans doute de réussir à rendre son équipe de seconds couteaux extrêmement attachante pour le lecteur, du fait de personnages extrêmement hauts en couleurs. Exhumés du fin fond du catalogue DC où ils croupissaient comme autant de concepts non viables ou morts-nés, ces laissés-pour-compte prennent assez miraculeusement toute leur dimension dans le contexte de cette improbable équipe. Si un personnage comme Nightmaster peut paraître assez falot (normal, c'est le chef, il est pas là pour rigoler!), en revanche ses congénères ont suffisamment de personnalité pour remporter l'adhésion: ainsi, le concept du Ragman (une sorte de momie dont les oripeaux constituent un "purgatoire" rassemblant les âmes de milliers de criminels en quête de rédemption dont il peut mobiliser l'énergie à volonté) s'avère extrêmement puissant et original. À l'opposé de ce personnage très sombre, on trouvera plus de légèreté chez le Detective Chimp, un chimpanzé alcoolo en costume de Sherlock Holmes qui rend des points à son illustre modèle question intelligence déductive et stratégique, parle accessoirement le langage des animaux, et détend l'atmosphère à coups de vannes foireuses. Parmi les plus connus, on retrouve également Blue Devil, avec ses cornes et son trident, ainsi que la très sexy Enchanteresse, qui fit les beaux jours de la Suicide Squad. Sans oublier Nightshade, qui se fait obéir des ombres, ni la petite nouvelle Black Alice, qui les assistera temporairement, et qui est à l'équipe ce que Malicia est aux X-Men - en clair: elle pique les pouvoirs des autres. Mais "Day Of Vengeance" accueille également un invité-surprise de poids en la présence de Captain Marvel qui, le temps d'un épisode, va livrer au Spectre un combat d'anthologie. Question dramaturgie, la mini-série relate les deux affrontements du Shadowpact avec le Spectre et son éminence grise Eclipso, lesquels comptent parmi les plus belles bastons que j'ai pu voir durant ma longue pratique du comics: impeccablement mis en pages et "chorégraphiés", constamment éclairés dans les différentes phases par un scénar limpide (ce qui signifie: aux antipodes des embrouillaminis confus auxquels nous a habitués un Geoff Johns dyslexique - désolé, fallait que ça sorte!), bref un petit modèle du genre, parfaitement dessiné par l'excellent Justiniano. Noir et même assez désespéré sans être lourd, ce comics est une indéniable réussite dont la lecture procure un plaisir immédiat et imparable qui semble d'ailleurs avoir remporté l'adhésion des lecteurs, puisque le "Shadowpact" dispose désormais de sa propre série régulière, que l'on espère bientôt voir publiée en France. Pour conclure, sachez que "Day Of Vengeance" se termine également en cliffhanger, sur un cataclysme assez épouvantable qui met l'univers DC en grand péril. Bref, on n'a pas fini d'entendre parler du Spectre...

02

INFINITE CRISIS - Vol 2: "Prélude" (2)

(Panini - coll "Big Books" - Septembre 2006)

1ère partie - "Villains United"

par Gail Simone & Dale Eaglesham

Vous en rêviez? Gail Simone et Dale Eaglesham l'on fait! Une mini-série 100% immorale, entièrement à base de super-vilains pur jus, sans aucun grumeau super-héroïque dedans! Je ne suis pas auteur de comics, mais j'imagine que ça doit quand même être assez éclatant à réaliser: on peut se lâcher à fond, tout se permettre sans se préoccuper de morale ni de politiquement correct, ni qu'aucun éditeur ou rédac' chef ne vienne vous dire "Ah ben non, Superman peut pas faire un truc pareil" ou bien "C'est exclu, on ne peut pas foutre Batman et Wonder Woman dans un pieu!" Comme un vilain, c'est pas fait pour être gentil ni attentionné, autant vous dire que quand ils commencent à se friter entre eux, ce n'est pas pour se faire des cadeaux ni pour défendre la veuve et l'orphelin! Ce qui aboutit à une mini-série qui décape plus que grave, et que l'on aurait plutôt vue dans la ligne "Vertigo", aux côtés du "Preacher" de Garth Ennis par exemple, tellement ça saigne, ça fracasse, ça torture, ça s'étripe et ça s'arrache bras et jambes! Mais voyons un peu ça dans le détail. À ma droite, vous avez Lex Luthor qui, entouré d'un état-major trié sur le volet (Black Adam + Docteur Psycho + Deathstroke + La Calculette + la fille de Ra's Al Guhl) a réussi le tour de force de fédérer, sous l'appellation de "Société", la TOTALITÉ des super-vilains de l'univers DC, à une exception près: le Joker, jugé vraiment trop taré - une exclusion qui aura des répercussions déterminantes dans le futur de la saga "Infinite Crisis", mais chût... À ma gauche, les "Secret Six", une équipe de mercenaires sans foi ni loi embauchés par l'énigmatique Mockingbird (une vague silhouette virtuelle sur un écran d'ordinateur) et qui ont en gros pour mission de chier dans le cou de Luthor et de sa horde, pour des raisons tout aussi mystérieuses... Vaste programme, et combat disproportionné, qui donneront à notre sextuor de crapules l'occasion de s'en prendre plein la tronche, mais également d'en distribuer sans compter! Normal, pour une équipe composée d'un Paradémon venu tout droit d'Apokolips, du tireur d'élite Deadshot, du dégingandé Désossé, de la sexy autant que vénéneuse Cheshire et de l'athlétique Catman, tous sous les ordres de la belle et saphique Scandale, qui n'est rien moins que la fille de l'abominable Vandal Savage (soit dit en passant: le seul avec Catman à avoir décliné l'offre d'embauche de Luthor sans se faire dézinguer dans les cinq secondes). Gail Simone, brillante spécialiste du féminisme superhéroïque (cf "Birds Of Prey", "Wonder Woman"...), explore ici un monde très viril non sans une savoureuse dérision, tresse un scénar aux lignes narratives suffisamment emberlificotées pour nous tenir solidement accrochés à son histoire de fous, dresse force batailles rangées où tout ce beau monde se destroy avec enthousiasme, multiplie les trahisons et les coups de théâtre dans les deux camps, et nous amène sans nous laisser souffler jusqu'à une fin de partie apocalyptique lors de laquelle les "Secret Six" laisseront deux membres sur le carreau - mais non sans avoir sérieusement éclairci les rangs de Luthor et le personnel criminel du "DC-verse" par la même occasion. L'identité de Mockingbird nous sera révélée en fin de parcours, quoique de façon quelque peu cryptée, ce qui en laissera plus d'un sur le cul. Bref un scénar parfait, suffisamment épique pour assurer le fun, et cérébral juste ce qu'il faut pour entretenir la curiosité du lecteur et lui faire tourner les pages avec avidité, le tout magistralement illustré par le trait génialement tourmenté de Dale Eaglesham, qui nous offre des cases délicieusement poisseuses. Violente, cynique, déjantée, amorale, outrancière et souvent très drôle du fait même de son hénaurmité assumée, cette mini-série est, avec "Day Of Vengeance", le deuxième moment fort de ces "Big Books". Ainsi, nos anti-héros auront tôt fait de recruter de nouveaux membres tout aussi peu recommandables que les chers disparus, afin d'assurer la mini-série "Six Degrees Of Devastation" (tout un programme!) qui s'ensuivra, et qui a d'ores et déjà connu une publication française dans l'album "Infinite Crisis - vol 4", que je vous chroniquerai un de ces jours.

2ème partie - "Power Trip" ("JSA Classified" #1-4)

par Geoff Johns & Amanda Conner

C'est toujours un plaisir que de retrouver Power Girl, la super-héroïne la plus poumonnée de l'univers DC, celle qui, de son propre aveu, ne porte pas de masque car on ne la regarde jamais dans les yeux... Dans cet arc paru dans les #1 à 4 de la série "JSA Classified", la malheureuse a bien besoin d'être consolée (holà! on se calme! on pousse pas! on prend la queue comme tout le monde!): confrontée au mystère de ses origines, affligée d'amnésie et de super-pouvoirs fluctuants, elle se perd en conjectures et se trouve en proie à de graves troubles de la personnalité. Évidemment, n'importe quel petit malin qui a lu "Crisis On Infinite Earths" pourra lui dire que c'est parce qu'elle vient de la Terre 2, un monde alternatif qui n'existe plus, voire n'a jamais existé puisque son tissu spatio-temporel a été fondu par le Monitor à celui de la seule et unique Terre qui subsiste désormais dans le DC-verse - pour des explications plus détaillées, envoyez un mail à Marv Wolfman! Par ailleurs, se souvenir clairement d'événements n'ayant jamais objectivement existé peut vous rendre fou: ce n'est pas le Psycho-Pirate, condamné par le Monitor à ce supplice très raffiné à la fin de "Crisis" qui vous dira le contraire, vue l'araignée qu'il se trimbale au plafond... Rappelons en effet qu'il est en théorie le seul, avec Donna Troy qui connut la Révélation à l'occasion de sa récente résurrection dans la mini-série "Le Retour de Donna Troy" (voir "DC-Universe Hors-Série #3, chroniqué dans les "Mollards" de Novembre 2006), à se rappeler l'Âge d'Or du "Multiverse" antérieur à la crise, et à posséder des souvenirs à la fois réels et factices. Adonc, ce vilain bien agité du bocal et partie prenante de la fameuse "Société" de Lex Luthor (voir chronique ci-dessus), va utiliser ses pouvoirs de manipulation émotionnelle pour prendre la tête de la pauvre Power Girl et lui provoquer des hallucinations. C'est là l'essentiel de ce scénario de Geoff Johns qui tire à la ligne tant qu'il peut et se résume à un défilé d'apparitions fantasmatiques se succédant d'un bout à l'autre de l'arc, sans que l'action n'avance d'un iota. En guise de justification de ce piétinement scénaristique, chaque apparition donne une version différente des origines de Power Girl, histoire d'embrouiller un peu plus la malheureuse, jusqu'à ce que le Psycho-Pirate vienne lui révéler ce qui est pour le lecteur un secret de Polichinelle, puisque connu depuis 1986 et régulièrement rappelé depuis. On assistera donc en bâillant au défilé d'une bonne partie du catalogue des personnages DC, certains réels, d'autres pas, héros ou vilains, et l'on verra Power Girl casser un peu de mobilier urbain en croyant affronter des ennemis imaginaires, histoire de donner l'illusion qu'il se passe quelque chose dans ce petit chef-d'oeuvre de foutage de gueule. Fort heureusement, pour nous distraire quelque peu des babillages de Johns, il y a le dessin aérien et, il faut bien le dire, agréablement féminin d'Amanda Conner, tout en épure dans une tradition à la Matt Wagner, et agrémenté de couleurs tendres et reposantes signées Jerry Palmiotti. On n'a donc pas tout perdu, puisque le plaisir des yeux est assuré - et là, je ne vous parle pas du décolleté de PG! L'affaire reste en suspens sur une ultime case qui voit l'apparition soudaine et inexpliquée d'un Gueule d'Argile menaçant... Crossover oblige, on trouvera la suite directe dans "Infinite Crisis" #2, dont la chronique viendra en son temps... Curieusement, on ne parvient pas vraiment à déplorer cette interruption...

03

INFINITE CRISIS - Vol 3: "Spécial"

(Panini - coll "Big Books" - Mars 2007)

1ère partie - "Outsiders" #28-33

par Judd Winick, Jen Van Meter,

Matthew Clark & Dietrich Smith

Les Outsiders, c'est le serpent de mer des éditions Panini. Réclamés à longueur de courriers par des lecteurs qui avaient bien accroché à la série lorsque les regrettées éditions SEMIC en lancèrent le volume 3 dans la défunte revue "Génération DC" (qui en publia les cinq premiers épisodes), ils réapparaissent sporadiquement dans diverses publications, là où ils peuvent être casés, pour tout dire... Logiquement, ils devraient avoir leur place dans "DC Universe", qui a été conçue à l'origine pour être la continuation de "Génération DC". Mais comme la revue est squattée par les séries de Geoff Johns (l'homme qui voulait être DC à la place de DC!), ben de la place, y'en a plus! Ça ne serait que de moi, je te virerais in petto la série "Green Lantern", qui allie une illisibilité chronique à une hideur graphique à vous refiler une crise de foie, mais bon... faudra se faire une raison: chez nous, le titre "Outsiders" ne paraîtra jamais qu'en pointillés. Vous en trouverez donc les #24 et 25 dans "DC Universe Hors-Série" #2, atterris là à l'occasion d'un crossover avec les Teen Titans, avant que voir l'équipe resurgir, fidèle à son habitude, en tant que bouche-trou de ce "Big Book", comme complément de la série de one-shots chroniqués ci-après et qui, eux, sont en prise directe avec la saga "Infinite Crisis". Quelques mois plus tard (Juin 2007), les Outsiders auront droit à un "DC Universe Hors-Série" #5 pour eux tout seuls, regroupant les #34 à 39 qui, s'ils s'inscrivent dans la continuité directe de ceux publiés dans ce volume, sont contemporains de la saga "Crisis Aftermath", qui traite de l'univers DC d'après la crise. On ose espérer que Panini trouvera un de ces jours un nouveau foyer d'accueil pour ces SDF du comics, afin d'y caser la fin de cette excellente série s'est hélas interrompue fin 2007 avec son #50. Quoi qu'il en soit, on saura gré à l'éditeur d'avoir sélectionné pour ce "Big Book" des épisodes contemporains à "Infinite Crisis" (quoique postérieurs aux deux volumes de "préludes" chroniqués ci-dessus), évitant ainsi le hors-sujet et permettant au lecteur français d'opérer quelques recoupements intéressants. Le #28, qui ouvre le volume, est un numéro de transition: point d'action ici, mais une équipe qui se reconstitue tant bien que mal, d'un point de vue aussi bien organisationnel que psychologique, après l'épisode tragique (et inédit en France) de la mort d'Indigo. On a affaire désormais à un line-up sensiblement différent de celui qu'on a connu dans "Génération DC", quoique le noyau dur demeure. Ainsi, Nightwing a quitté le groupe (ce qui ne l'empêche pas de continuer à se taper Starfire, comme on peut s'en rendre compte dans une scène d'ouverture assez érotique) et c'est désormais Jade qui dirige les Outsiders. Parmi les nouveaux, on fait connaissance avec Shift, sorte de clone de Metamorpho né de ce dernier par "scissiparité", pourrait-on dire, et on assiste au remplacement de feue Indigo par Captain Marvel Junior. Dans les #29 et 30, la nouvelle équipe part au feu affronter les Cinq Redoutables (ou ce qu'il en reste!) qui ont décidé de faire évader Mammouth d'Alcatraz, et tombent sur le démon Sabbac, plus dangereux que jamais. La série commence ici à être impactée par les événements qui préludent à la crise: on y voit notamment Sabbac, contacté par Deathstroke, rejoindre les rangs de la "Société" de Luthor, mais surtout on assiste aux retombées de la destruction du Rocher d'Éternité suite au combat entre Shazam et le Spectre qui concluait (temporairement!) la mini-série "Day Of Vengeance". Désormais libres, les Sept Péchés Capitaux investissent le corps de Sabbac, ce qui nous vaut quelques épisodes bien croquignolets, notamment lorsque les Redoutables, possédés par la Luxure, cessent le combat pour organiser une partouze! À la fin de l'arc, c'est à dire au début du #31, l'équipe éclate de nouveau, Jade, Shift, Marvel Junior et Starfire partant dans l'espace en compagnie de Donna Troy pour enquêter sur les mystérieux événements qui concluaient "The Rann-Thanagar War". De leur côté, Arsenal, Thunder et Grace, rejoints par Katana - l'un des membres fondateurs des Outsiders réunis en 1983 dans la série originelle "Batman & The Outsiders" (1) - s'occupent des affaires terrestres et partent affronter, dans les #32 et 33, quelques représentants de la "Société" de Luthor (Deathstroke, Cold, Captain Boomerang, le Maître des Miroirs, Écrou et Chain), ce qui nous vaut quelques pages pleines de combats épiques qui s'achèvent sur un twist assez surprenant. Bref, on ne s'ennuie pas une seconde avec cette poignée d'épisodes fort efficacement enlevés par Judd Winick, auquel il convient de rendre hommage pour avoir porté sur ses épaules les cinquante numéros de cette série de très bonne tenue. Le seul bémol que je pourrais émettre à la limite, c'est que les événements ici relatés croisent par moments, et notamment en fin de parcours, d'autres lignes narratives débutées dans d'autres titres inédits en France, ce qui ne facilite pas la lecture. En effet certaines interrogations bien légitimes demeureront sans réponse, comme par exemple lorsque les Outsiders retrouvent Mary Marvel prisonnières des sbires de la "Société", sans que l'on sache trop ce qu'elle fout là ni comment elle y est arrivée. Mais que voulez-vous, ce sont là les charmes du mega-crossover et, par ailleurs, le laborieux morceau de littérature que vous êtes en train de vous farcir aura au moins eu le mérite de vous donner une idée du sac de noeuds auquel on a affaire avec "Infinite Crisis". Bon, ne partez pas, le pire reste à venir!

Note:

(1): Pour ceux qui aiment chiner, les #1 et 2 de la série "Batman & The Outsiders" ont connu une publication française dans "Hercule" #11 et 12, chez les éditions Artima (collection "Flash Nouvelle Formule" - Novembre 84 et Janvier 85). Ce sont les deux seuls épisodes, sur une série qui en compte 32 (+ 2 "annuals"), à être jamais parvenus jusqu'à nous.

2ème partie - One-shots

Avant que d'attaquer en détail la revue du quatuor de "one-shots", estampillés "special", qui concluent ce troisième volume, quelques considérations préliminaires s'imposent (on ne dira jamais assez l'importance des préliminaires!), ainsi qu'une petite mise au point chronologique. Les trois mini-séries de six épisodes que je viens de vous chroniquer, "The Rann-Thanagar War", "Day Of Vengeance" et "Villains United", sont très exactement contemporaines (sorties aux States de Juin à Décembre 2005), et elles seules méritent au sens strict l'appellation de "préludes", en ce que le titre "Infinite Crisis" (sept épisodes parus de Décembre 2005 à Juin 2006) en constitue la suite directe. Toutefois, il convient de leur adjoindre "The OMAC Project" dont j'ai déjà traité en ces pages (1), sortie dans le même créneau chronologique (Juin-Novembre 2005), mais publiée dans les #6 et 7 de la revue "Batman & Superman" parallèlement aux deux "Big Books" de préludes - ceci pour expliquer que l'on trouve ici un one-shot estampillé "OMAC Project". Signalons enfin que les quatre mini-séries (et plus particulièrement "The OMAC Project" et "Villains United") sont la conséquence directe des événements relatés en 2004 dans la saga "Identity Crisis", par laquelle le scandale est arrivé et qui a débouché sur l'implosion de la JLA (2). À présent, venons-en à ces fameux one-shots. Plusieurs mois après la conclusion des quatre mini-séries, et alors que la crise bat son plein, on va voir apparaître successivement, de Mars à Juin 2006, une série de one-shots labellisée "special" qui en constituent en quelque sorte les septièmes numéros - ce qui explique que chacun des titres ait connu, comme je vous l'ai précisé, des fins en forme de cliffhangers. À la lecture des "préludes", on aura compris que la crise qui explose dans le titre "Infinite Crisis" est en fait l'aboutissement de plusieurs "sous-crises" très localisées dans le "DC-verse": crise cosmique dans "The Rann-Thanagar War" avec un conflit qui menace d'embraser l'univers entier, crise mystique dans "Day Of Vengeance" avec la folie du Spectre, crises terrestres avec d'une part un Luthor qui lance sur le monde des hordes de super-vilains fédérés ("Villains United") et d'autre part des OMAC qui bousillent indifféremment héros et méchants, pour peu qu'ils soient "métahumains" ("The OMAC Project"). Bien entendu, on découvrira dans "Infinite Crisis" que toutes ces crises ne sont en fait que les différents aspects d'une même attaque menée contre l'univers, et qui s'est diversifiée sur de multiples fronts. D'où la convergence des quatre mini-séries vers la série pivot, dans le tissu narratif de laquelle elles vont se fondre pour ne finalement constituer qu'une seule et même histoire. Or, les quatre one-shots ont précisément pour fonction d'assurer cette fusion, apparaissant à des moments différents et bien particuliers de la crise. À partir de Mars 2006, le lecteur va donc être amené à un constant aller-retour entre la série "Infinite Crisis" et l'un ou l'autre de ces one-shots. En Mars donc, le "Day Of Vengeance Special" (Willingham / Justiniano) paraît en même temps que le #4 d'"Infinite Crisis", et nous montre la totalité des personnages de la "sphère magique" de DC, soit une trentaine de magiciens venus des quatre coins du DC-Verse, s'atteler à la reconstruction du Rocher d'Éternité qui, après sa destruction, s'est écrasé sur... Gotham-City, engendrant moult perturbations d'ordre surnaturel. Bien évidemment, on retrouve nos amis du "Shadowpact", auxquels le Phantom Stranger confie la délicate mission de capturer dans des fioles magiques les Sept Péchés Capitaux échappés du Rocher, et qui foutent un sacré bordel dans la cité de Batman. Pendant ce temps, Nabu, l'entité qui "habite" le Docteur Fate, affronte le Spectre et l'oblige à entrer en symbiose avec un nouvel hôte humain - événement qui, la crise passée, aura pour effet d'engendrer une mini-série consacrée à ce Spectre new-look, parue chez nous dans le volume 5 des "Big Books" estampillés "Infinite Crisis". En Avril, "The Rann-Thanagar War Special" (Gibbons / Reis - Pardo) nous montre, dans la plus grande confusion, une armada de super-héros controntés à - tenez-vous bien - deux mains géantes d'antimatière venues d'on ne sait où et tordant l'espace afin de le reconfigurer (désolé, faudra vous contenter de ça!). De leur côté, Adam Strange et Hawkman, accompagnés de Tygorr et Kilowog, découvrent qui est le véritable responsable de la destruction de Thanagar - le casus belli qui a provoqué l'embrasement de la galaxie dans la mini-série "Planest Heist" - et dont l'identité nous sera révélée dans "Infinite Crisis" #5. Accessoirement, on assiste à la mort de Jade (des Outsiders) et à la naissance de Ion, une sorte de super-Green Lantern né de la métamorphose de Kyle Rainer. En Mai, le satellite-ordinateur "The Eye", responsable de la tuerie perpétrée dans "The OMAC Project", se fait dézinguer dans "Infinite Crisis" #6 par un commando spatial mené par Batman, au sein duquel on trouve le tout nouveau Blue Beetle, seul super-héros capable de débusquer "The Eye" dans le repli de l'espace où il s'est planqué. Logiquement, au début de "The OMAC Project Special" (Greg Rucka / Jesus Saiz), on retrouve le satellite crashé sur terre dans le désert yéménite. Plusieurs nations belliqueuses de la Terre (Russes, Chinois, Israéliens, et évidemment USA) grouillent comme des vautours autour de ses restes pour s'approprier les infos cruciales qu'il contient, mais les commandos qu'elles envoient se font laminer par un OMAC géant, car la bestiole a encore du jus malgré pas mal de plomb dans l'aile. Heureusement, Sasha Bordeaux, bravant les ordres de l'éléphantesque et dure à cuire Amanda Waller, qui a pris le contrôle de l'organisation Checkmate, finira par mettre un point final à l'affaire OMAC en détruisant le satellite. Enfin, en Juin et dans "Villains United Special" (Simone / Eaglesham), les super-héros restés sur Terre tentent de juguler, sous la supervision d'Oracle et Martian Manhunter, une grande opération lancée par Luthor, et qui consiste à faire attaquer en même temps par les hordes de sa "Société", tous les pénitenciers de la planète afin d'en faire évader tous les super-vilains qui y sont incarcérés. L'épisode s'achève sur l'image glaçante du Docteur Psycho s'avançant sur le front en compagnie de Doomsday (l'abominable monstre qui parvint jadis à tuer Superman), prélude à une bataille gigantesque et apocalyptique qui embrasera les pages d'"Infinite Crisis" #7, qui clôt la saga. C'est ainsi que s'achève également cette chronique géante, sans que je sache si ma tentative de dresser une manière de guide de lecture vous aura donné envie de rentrer dans cette saga, ou vous en aura au contraire définitivement dégoûtés... À vous de me dire...

Notes:

(1): Voir chronique "Batman & Superman #6", ainsi que les "Mollards" de Novembre 2006, en ce qui concerne "The OMAC Project", mais également la chronique sur "Superman" #15 dans les "Mollards" d'Octobre 2006. En effet, ce numéro contient un crossover qui vient s'intercaler entre les #3 et 4 de "The OMAC Project" - oui , je sais, y'a des moments où ça devient vraiment pénible... Et puis, tant que vous y êtes, allez également jeter un oeil dans les "Mollards" de Juin 2006, qui renferment une chronique sur le "Batman & Superman" #5, dans lequel on trouve le one-shot "Countdown To Infinite Crisis", qui fait le lien entre "Identity Crisis" et "The OMAC Project".

(2): Voir les épisodes estampillés "Infinite Crisis" dans "DC Universe", qui publie régulièrement les aventures de la JLA.

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Hawkman et Adam Strange au centre d'un cataclysme spatial

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Tygorr et Starman sur le front de la planète Throneworld

shadowpact

Le "Shadowpact": une super-team de sorciers

marvel

Captain Marvel se frite avec le Spectre: cataclysmique!

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Les "Secret Six": un équipe de salopards hors normes!

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Un petit échantillon de ce que Luthor a lâché sur le pauvre monde...

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"Il lui manque quoi, sérieux?" Peut-être un scénariste?

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Le Psycho-Pirate, dépositaire des secrets oubliés du "DC-verse"

outsiders

Les tout nouveaux Outsiders

sabbac

Le démon Sabbac, génétiquement modifié pat les Sept Péchés Capitaux!

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Le Spectre affronte son destin en la personne du Docteur Fate!

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Sacha Bordeaux met un point final à l'affaire "OMAC Project"

Posté par patchworkman à 12:49 - Comics - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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